La cour pénale internationale et Israël

La Cour pénale internationale émettra-t-elle des mandats d’arrêt contre les dirigeants israéliens?

Al-Quds Al-Arabi, 5 mars 2021.

La décision de la Cour pénale internationale d’enquêter sur les crimes de guerre commis par Israël préoccupe la puissance occupante et certains de ses dirigeants politiques et militaires. La Cour pénale internationale est la plus haute instance judiciaire pénale internationale et ses décisions sont contraignantes pour les États, ce qui peut conduire, si l’enquête établit la responsabilité de hauts dirigeants israéliens dans des crimes de guerre, à l’émission de mandats d’arrêt internationaux à leur encontre. Cette enquête, qui se limitera aux actes commis par Israël depuis le 13 juin 2014 dans les territoires occupés après 1967 (Jérusalem-Est, la Cisjordanie et la bande de Gaza, ainsi que la vieille ville de Jérusalem, le Mur des Lamentations, et l’Esplanade des Mosquées) constitue une avancée politique majeure pour les Arabes et les Palestiniens.

Cette décision brise un « tabou » : Les États-Unis et les principaux partis politiques du monde ont bâti une muraille empêchant quiconque de tenir Israël responsable de ses actes ; de sorte que de nombreuses lois ont été promulguées dans des pays qui font partie des démocraties les plus anciennes du monde, assimilant la critique d’Israël à de «l’antisémitisme». Le Parti travailliste britannique et son ancien dirigeant, Jeremy Corbyn, ont été victimes d’une campagne de grande ampleur qui a conduit à l’adoption d’une définition de «l’antisémitisme» proche de la définition de Benjamin Netanyahu, le Premier ministre israélien. Cette campagne a renversé Corbyn, qui a même été exclu du parti. Après l’échec des Nations Unies en ce qui concerne la mise en œuvre de ses nombreuses décisions contre Israël à cause du veto américain, et l’abolition de sa définition précédente du sionisme comme forme de racisme ; la simple inclusion de l’État occupant dans un système judiciaire international et la possibilité de lui voir appliquer le droit international fait figure de grande victoire pour la justice des hommes.

Cette décision s’ajoute aux victoires de la stratégie palestinienne visant à faire appel aux institutions internationales pour dissuader Israël de commettre ses crimes ; mais elle a un autre aspect important : la qualité d’État qu’acquiert ainsi de plus en plus l’Autorité palestinienne, qui lui a permis d’être acceptée en tant que tel dans de nombreuses grandes institutions internationales. Le nouveau secrétaire d’État américain Anthony Blinken a tenté de réduire cet impact en déclarant que «la Palestine n’est pas un État». Cette position américaine ouvre la voie à ce que Washington (si ses autres formes de pression sur la Cour échouent) fasse adopter par le Conseil de sécurité une décision d’arrêter l’enquête, car la Charte de Rome stipule que le Conseil de sécurité a le pouvoir de reporter l’enquête pour une période de temps renouvelable, ce qui peut nous renvoyer à l’impossibilité établie par Washington de tenir Israël responsable.

Cette décision est importante pour les Arabes et les Palestiniens, quelle que soit son issue. Elle a une fois de plus mis les projecteurs sur le paradoxe qu’Israël représente : une puissance occupante raciste dont les dirigeants sont accusés d’avoir commis des crimes de guerre, protégée par un arsenal nucléaire et violant quotidiennement les droits des Palestiniens, mais qui se targue en même temps d’être un pays démocratique, ayant pourtant toujours besoin des hégémoniques États-Unis afin de ne pas répondre de ses crimes.

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Article traduit par Sami Mebtoul

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A propos de Sami Mebtoul 197 Articles
Fondateur d'Actuarabe, traducteur assermenté, professeur agrégé d'arabe

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