Le tandem Kushner/Ben Salmane

Kushner et Mohammed Ben Salman

Un dangereux cocktail américano-saoudien ?

Editorial d’Alquds Alarabi

Le journal britannique The Observer a considéré dans sa première page d’hier, dimanche, que « le cocktail d’aventurisme politique » incarné par le prince héritier Mohammed Ben Salmane et le gendre du Président américain et conseiller Jared Kushner était dangereux. Ils sont devenus des amis proches, liés par la jeunesse (36 ans pour Kushner et 32 ans pour Ben Salmane) et le pouvoir. Cette amitié s’est reflétée dans les trois visites de Kushner au prince et des rapports parlent de longs échanges nocturnes entre les deux dans la propriété du prince héritier au milieu du désert.

La région arabe a vécu après cette dernière rencontre en octobre dernier des événements très graves, qui ont commencé avec la grande campagne d’épuration contre les princes et les riches responsables saoudiens, la démission du Premier ministre libanais Saad Hariri qui a représenté une violente offensive contre le Hezbollah, les rumeurs sur son emprisonnement à Riyad, les condamnations internationales qui ont conduit à son départ pour la France, puis le blocus des ports du Yémen annonçant une catastrophe humanitaire.

L’ouverture par les alliés saoudiens et américains de ces fronts intérieurs et extérieurs contribue à engendrer des crises sur d’autres front, comme c’est maintenant le cas au niveau palestinien : le gouvernement américain vient d’informer l’Autorité palestinienne qu’il entendait fermer la Représentation de l’Organisation de Libération de la Palestine à Washington ; nous observons aussi une escalade du régime syrien et une intensification des raids de son allié russe dans la Ghouta de Damas, aux mains de Jeych al-Islam. Ce groupe est soutenu par l’Arabie saoudite et cela signifie que Riyad a abandonné son allié ou que le régime syrien et la Russie font face à une escalade saoudienne en visant les organisations soutenues par Riyad.

Ces liens privés et secrets entre Kushner et Mohammed Ben Salmane ont apporté un soutien américain à des politiques controversées. Trump est intervenu personnellement pour défendre ce qui est appelé en Arabie saoudite « la campagne de lutte contre la corruption », déclarant que les personnes arrêtées avaient « englouti les richesses du pays pendant des années » et il s’est bien gardé de commenter les rumeurs d’emprisonnement de Hariri, ce qui signifie clairement que Trump est d’accord avec les projets du duo Kushner-Ben Salmane. Mais nous ne savons pas encore clairement si ce qui se passe a été ordonné par Trump ou proposé par Kushner, ou si ce sont les plans de Ben Salmane approuvés par Kushner puis Trump (et pourquoi) ?.

Le blocus des ports du Yémen et « l’emprisonnement » de Hariri ont été de terribles échecs après les condamnations et les interventions directes de pays européens, des Nations Unies et d’entités régionales. La campagne de « lutte contre la corruption » pourrait bien elle aussi être un échec. Si son objectif était de renforcer l’économie saoudienne en confisquant des dizaines de milliards appartenant aux personnes arrêtées, le message effrayant est bien arrivé à tous les hommes d’affaires saoudiens et aux grandes entreprises locales et étrangères, qui savent désormais que le Royaume n’est plus un lieu sûr pour le capital et la libre entreprise. Si les grands princes et les responsables ne sont qu’une mise en bouche, qui sera mangé par la suite ?

Si nous ajoutons à cette série d’erreurs le blocus du Qatar, nous remarquons que les maillons de la terreur intérieure ne sont qu’un exemple de ce qui doit être généralisé à l’extérieur, et que l’absence de sûreté à l’intérieur de l’Arabie saoudite (dû à une illusion de puissance) doit être exportée au Qatar (et ailleurs).

Après ce qui s’est passé avec le Premier ministre libanais Saad Hariri et avec le Président yéménite Abdrabbo Mansour Hadi (interdit de voyage dans son pays), l’angoisse a atteint les plus proches alliés de l’Arabie saoudite comme le Bahreïn et ses voisins géographiques, au Koweït et à Oman.

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