Israël pousse les Etats-Unis dans le précipice

Israel et les Etats-Unis

Comment Israel a pris le contrôle de la politique étrangère américaine et quelles solutions face à Netanyahou et Trump ?

Mercredi 31 janvier 2018 – Al Hayat

Par Hassan Nafaa, écrivain et universitaire égyptien

Des liens uniques dans l’histoire

Les liens entre les Etats-Unis d’Amérique et Israël sont incompréhensibles, indescriptibles, inclassables et n’ont pas de pareil dans l’histoire des relations internationales. Ces liens semblent, notamment dans leur état actuel, « déséquilibrés » dans tous les sens du terme. Les Etats-Unis sont une grande nation possédant les atouts lui permettant d’exercer le rôle de plus grande puissance au monde. Israël n’est qu’un « minuscule Etat » récent, dont l’âge ne dépasse pas 70 ans. Il a des capacités limitées car le nombre de ses habitants ne dépasse pas 9 millions d’âmes et sa superficie est à peine supérieure à 20 000 km2  . Il est certes classé au niveau mondial dans les états développés et riches, compte tenu de ses progrès scientifiques et technologiques, sans oublier son revenu moyen élevé par habitant. Mais il ne peut maintenir ce niveau de progrès et de richesse sans le soutien matériel considérable des Etats-Unis à travers des canaux officiels et individuels, qui s’élève chaque année à 10 milliards de dollars. Cependant, on ne peut pas considérer Israël comme un Etat « dépendant » et gravitant autour des Etats-Unis, car il a réussi à s’immiscer dans les centres d’influence en Amérique. Ceux-ci sont devenus des instruments qu’il utilise en faveur de ses intérêts particuliers, qui sont parfois en contradiction avec les intérêts des Etats-Unis !

Israël dirige la politique américaine en ce qui concerne le Moyen-Orient

Dans ce cadre, les Etats-Unis apparaissent, dans mon esprit tout au moins, comme un corps gigantesque et musclé dont Israël aurait pris le contrôle de la tête et du cœur, et se serait introduit dans son système nerveux et dans son sang. Ou bien comme des wagons d’un long train tiré par une locomotive israélienne. Puisqu’Israël a réussi à convaincre les Etats-Unis, ou plutôt leur a fait croire, que tout ce qui allait dans l’intérêt d’Israël était bon pour les Etats-Unis, je considère que c’est Israël qui dirige la politique américaine, en ce qui concerne le Moyen-Orient tout au moins. Cela explique pourquoi Israël se comporte comme s’il était une grande puissance à laquelle on ne demande aucuns comptes, capable de violer le droit international comme elle veut quand celui-ci ne correspond pas à ses intérêts particuliers !

Des dangers et des répercussions négatives considérables sur la paix et la sécurité internationales

On trouve dans l’histoire des relations internationales des exemples de liens « particuliers » entre des Etats aux forces incomparables et des exemples de rôles « importants » joués par des « petits » Etats dans des époques et des circonstances particulières. Mais on ne trouve pas un seul exemple d’un petit Etat impopulaire et voyou ayant pu guider la politique étrangère d’une grande puissance possédant assez de force financière pour diriger le système international et prétendant posséder une force morale suffisante pour occuper cette position. Dans l’histoire des relations internationales, il n’y a qu’un seul petit Etat, appelé Israël, qui a réussi à travers une action continue, graduelle et précise à dominer la tête et le cœur de la plus grande puissance du monde. Cette situation comporte des dangers et a des répercussions négatives considérables sur la paix et la sécurité internationales, d’autant qu’Israël est aujourd’hui le pays qui viole le plus le droit international. On peut donc se demander comment cela est-il arrivé ?

Un soutien illimité et inconditionnel

Le mouvement sioniste a compris très tôt que les Etats-Unis, après avoir mis fin à leur isolationnisme en participant à la deuxième guerre mondiale, étaient naturellement destinés à conduire le monde après la Grande-Bretagne. Il a donc décidé d’étendre sa toile dans cette direction. La conférence sioniste de Baltimore en 1942, à laquelle a participé Truman moins de trois ans avant d’arriver à la Maison blanche, a constitué le premier pas dans cette direction. Il est évident que cette manœuvre habile a permis au mouvement sioniste de remporter sa première grande bataille politique, qui s’est jouée sur la scène de l’Assemblée générale des Nations Unies en 1947 et s’est terminée avec l’adoption de la décision du partage de la Palestine. Cette décision a posé la première pierre de la légitimité internationale de l’Etat juif, dont Ben Gorion a annoncé la création en 1948. Depuis cet instant, le mouvement sioniste a progressivement tissé sa toile dans les centres de décision en Amérique jusqu’à les contrôler. Il est vrai que ce mouvement a connu un échec en 1956 à cause des complications d’un système international bipolaire et des limites dictées par la politique de containment de l’Union soviétique. Mais le mouvement sioniste n’a pas tardé à reprendre confiance en soi et il a adopté une politique autarcique afin de démontrer aux Etats-Unis qu’il était un allié fidèle, pouvant rendre des services bien plus grands que les mouvements nationalistes arabes alliés avec l’Union soviétique. Quand Israël est parvenu à prouver que cela était vrai en infligeant une lourde défaite militaire à trois pays arabes en 1967, les Etats-Unis ont compris qu’il était un allié stratégique important dans la confrontation globale avec l’Union soviétique. Ils ont donc décidé de lui fournir un soutien illimité et inconditionnel, tout en ignorant les pressions internationales demandant le retrait des terres arabes occupées en 1967. Les Etats-Unis ont lié ce retrait à un règlement politique complet comprenant la fin de l’état de guerre et la normalisation des relations entre Israël et les Etats arabes.

La main mise du premier ministre israélien sur les rouages de l’Etat américain

En réalité, même si cette position américaine penche clairement en faveur d’Israël, elle a été considérée par beaucoup comme nécessaire à l’élaboration d’une formule permettant un règlement équilibré du conflit arabo-israélien. Cette formule a été par la suite appelée « la terre contre la paix ». L’Egypte l’a acceptée après la guerre de 73 puis les Etats arabes ont été contraints de l’admettre l’un après l’autre ; jusqu’à ce qu’elle soit acceptée de manière collective au Sommet arabe de Beyrouth en 2002. Si les Etats-Unis avaient pesé de tout leur poids en faveur de cette formule entraînant le retrait israélien de toutes les terres arabes occupées en 1967 et la création d’un Etat palestinien indépendant en Cisjordanie et dans la bande de Gaza ayant pour capitale Jérusalem-Est en échange de la fin de la guerre puis de relations normalisées entre Israël et les pays arabes, ils auraient rendu un grand service pas seulement à Israël et aux Etats arabes mais aussi à eux-mêmes et à la paix mondiale. Mais Israël, qui penche à droite de manière continue depuis la guerre de 73, a refusé cette formule même s’il a fait semblant de l’accepter, et a tout fait pour la mettre en pièces. Il a compris qu’il ne pourrait pas enterrer complètement la formule de la terre contre la paix sans avoir le soutien total des Etats-Unis et il a tout fait pour résorber les failles dans ses relations avec les Etats-Unis et asseoir davantage sa domination sur les centres de décision aux Etats-Unis. Il a eu très peur suite à la victoire d’Obama aux élections présidentielles qui se sont déroulées en novembre 2008. Mais le conflit entre Obama et Netanyahou, écrit au début puis ouvert durant les derniers jours d’Obama à la Maison blanche, a confirmé à nouveau et avec certitude que la main mise du premier ministre israélien sur les rouages de l’Etat américain semblait plus forte que celle du Président américain lui-même.

Netanyahou et Trump sont deux faces d’une même pièce

Aujourd’hui, Netanyahou considère que Trump est l’homme d’Israël aux Etats-Unis et il lui est reconnaissant pour sa décision de reconnaître Jérusalem comme capitale éternelle et indivisible de l’Etat d’Israël. Il semble que Netanyahou n’ait pas encore saisi le paradoxe de la situation actuelle, qui n’est pas dans l’intérêt d’Israël sur le long terme. Netanyahou et Trump sont deux faces d’une même pièce reflétant ce qu’il y a de plus bas dans l’esprit humain en méchanceté, haine et exclusion de l’autre. Des hommes comme eux ne peuvent croire aux valeurs de tolérance et de cohabitation.

Le monde arabe doit prendre son destin en main

C’est pourquoi je pense que la paix au Proche-Orient et dans le monde ne peut se réaliser que si Israël change de l’intérieur mais cela me semble peu probable voire impossible, ou si les Etats-Unis changent de l’intérieur. Cela est envisageable mais dans des circonstances qui ne sont pas encore venues. Enfin encore si les intérêts d’Israël et des Etats-Unis ne coïncident plus. Cela induira fatalement un conflit entre les deux difficile à imaginer, sauf si le monde arabe change et prend son destin en main. Et je pense que cela doit se passer et se passera un jour, fût-ce dans mille ans.

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