Israël et ses adversaires avancent doucement, vers la guerre

"Les voilà qui recommencent." Photographe : Mahmud Hams/AFP/Getty Images

Toutes les parties s’attendent à un léger conflit. Personne ne veut aller trop loin, mais le combat peut être difficile à contrôler.

Alors que le président Donald Trump a donné suite lundi à sa promesse de reconnaître l’annexion du plateau du Golan par Israël, le Moyen-Orient se prépare à la guerre. La bénédiction de Trump à l’annexion du Golan et de Jérusalem par Israël pourrait s’avérer particulièrement utile pour l’Iran et ses mandataires, qui peuvent maintenant se poser en champions des intérêts arabes et musulmans contre l’expansion israélienne et l’impérialisme américain

Pour la troisième fois en deux semaines, une roquette à longue portée a été tirée de la bande de Gaza sur Israël, frappant une maison lundi matin et blessant sept civils.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a abrégé sa visite à Washington. Israël a mobilisé ses militaires. Dans le même temps les dirigeants du Hamas, la faction palestinienne militante qui contrôle Gaza, se seraient cachés.

Deux semaines à peine avant les prochaines élections israéliennes, les indicateurs pointant vers un conflit armé sont entrés dans la zone rouge.
Presque toutes les parties concernées ont des raisons de se réjouir d’une escalade limitée. Par ailleurs, ils ont tous intérêt à contenir les hostilités. Mais les combats peuvent être difficiles à arrêter.

La dernière crise a commencé le 16 mars, lorsque deux roquettes du Hamas ont atterri dans la région de Tel Aviv. Personne n’a été blessé. Le Hamas a dit que c’était une erreur. Israël et l’Egypte ont qualifié l’attaque « d’incompétence ». Israël a apporté une réponse limitée, faisant deux blessés palestiniens. Le Hamas a évité toutes représailles et a annulé une manifestation prévue à la frontière.
Toutes les parties ont clairement préféré éviter un autre conflit.

Mais ce genre de désescalade rapide est maintenant peu probable, en particulier pour Netanyahu, qui ne peut se permettre de paraître faible face à son opinion publique.

De l’autre côté de la frontière, il est facile de comprendre pourquoi quelqu’un à Gaza a décidé de déclencher une crise militaire.

En effet, le Hamas est en difficulté politique. Il a été confronté à des manifestations de Gazaouis sous la bannière « Nous voulons vivre », protestant contre la mauvaise gestion, la brutalité et l’autoritarisme du Hamas. Ce dernier a réagi par une répression accrue.

Ces manifestations ont représenté « le pic » d’une crise humanitaire et de gouvernance, à laquelle le Hamas est confrontée. Il n’a pas trouvé le moyen d’apporter l’aide humanitaire internationale et la reconstruction dans le territoire surpeuplé, appauvri et en quarantaine qu’il dirige.

Les dirigeants du Hamas ne veulent peut-être pas tous une nouvelle guerre. Le groupe déclare que les attaques à la roquette ont été des erreurs, mettant ainsi de « manière invraisemblable » la dernière en date sur le dos du « mauvais temps ».

Le 16 mars, Netanyahu avait toutes les raisons d’éviter un autre conflit majeur avec le Hamas pour détourner l’attention des élections israéliennes. Cette fois, il n’a pas le choix. S’ajoutant à la possibilité d’un affrontement armé, l’Egypte quant à elle, a fait savoir au Hamas qu’il subirait seul les conséquences de la poursuite des attaques contre Israël.

De plus, une attaque militaire limitée mais robuste pourrait aider Netanyahu à repousser la forte menace électorale posée par la Coalition Bleu-Blanc, dirigée par trois généraux de renom.

Par ailleurs, les autres principaux antagonistes d’Israël, la force paramilitaire libanaise du Hezbollah basée au Liban et ses mécènes iraniens, semblent impatients de se battre. L’Iran a été entravé par l’intensification des sanctions économiques américaines et d’autres pressions, et cherche des occasions de montrer « ses muscles » dans la région.

L’annonce de Trump sur le Golan a créé de nouvelles opportunités pour les forces arabes et islamiques qui cherchent à affirmer leur leadership dans la lutte contre Israël.

La bénédiction de Trump pour l’annexion du Golan et de Jérusalem par Israël pourrait s’avérer particulièrement utile à l’Iran et ses mandataires Chiites. Attisant la méfiance aux yeux de nombreux Arabes, ils peuvent maintenant se poser en champions des intérêts arabes et musulmans contre l’expansion israélienne et l’impérialisme américain.

Ils y verront également une chance d’empêcher le Hamas d’être crédité pour avoir mené la confrontation au nom des islamistes sunnites, au profit de la Turquie et de ses nouveaux alliés des Frères musulmans plutôt que de l’Iran.

Toutefois les parties ont aussi des raisons d’être prudentes. Le Hamas sait qu’il perdrait tout conflit militaire soutenu avec Israël. Même les avantages politiques qu’il cherche à obtenir dépendent de la possibilité de s’en sortir sans causer tant de dégâts à Gaza qu’il provoquerait une nouvelle colère publique.

Netanyahu pourrait bénéficier politiquement d’un bref « échange belliqueux », mais pas si Israël est entraîné dans une guerre prolongée à Gaza, perd des soldats ou subit des attaques à la roquette nuisibles sur ses centres civils, ou subit des critiques internationales.

Quant au Hezbollah et à l’Iran, ils ne veulent pas qu’Israël lance une offensive aérienne généralisée contre les nouveaux moyens et capacités du Hezbollah en Syrie, et même au Liban, dégradant et annulant nombre de leurs acquis de la guerre syrienne.

Un conflit bref au Moyen-Orient semble maintenant probable, toutes les parties y voyant des avantages potentiels. Mais une fois qu’une bataille a commencé, se retirer est plus facile à dire qu’à faire.

Par Hussein Ibish

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Traduction Alexandra Allio De Corato


Alexandra Allio De Corato
A propos de Alexandra Allio De Corato 85 Articles
Traductologie, Linguistique & Géopolitique Analyste, Spécialiste du Moyen-Orient.

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