Quel futur pour les relations entre le Maroc et l’Algérie ?

Les relations entre l'Algérie et le Maroc

Le départ prochain du Président Bouteflika devrait faire bouger les lignes entre l’Algérie et le Maroc, d’après le journaliste et écrivain marocain Ali Anouzla

Ali Anouzla pour Al-Arabi Al-Jadeed, 27 décembre 2017

La question ne se pose pas uniquement à Alger mais aussi à Rabat : que se passera-t-il après Bouteflika ? Cette question est d’actualité car le départ (ou la mort) du Président algérien Abdelaziz Bouteflika (80 ans), en chaise roulante depuis un accident vasculaire cérébral en 2013, est inévitable et pousse les Algériens comme les Marocains à réfléchir aux relations entre leurs deux pays en son absence.

Plusieurs scenarios possibles après le Président algérien actuel

Bien entendu, la vie reste entre les mains de Dieu et l’on ne peut souhaiter que bon rétablissement et longue vie au Président algérien. Aujourd’hui, il y a des voix en Algérie qui se lèvent pour demander qu’il se présente à un cinquième mandat, à la fin de son mandat actuel en 2019. En politique, il faut mettre de côté ses espérances et étudier toutes les hypothèses, afin de pouvoir réagir quand elles se réalisent. En Algérie, on commence à réfléchir au pays après Bouteflika. Il y a plusieurs scenarios possibles après le Président algérien actuel, qu’il décide de partir ou que la mort l’emporte comme tout être humain.

Si Bouteflika décide de s’en aller, ou son entourage décide de son départ, l’ « élite » qui gouverne aujourd’hui l’Algérie en coulisses, aux côtés de son frère Saïd Bouteflika et des généraux de l’armée, continuera à diriger les affaires du pays. Elle trouvera peut-être une personnalité qui jouera le rôle de président, le temps de préparer un président « sur mesure », comme l’armée à l’habitude de faire depuis l’indépendance de l’Algérie, il y a 55 ans. Si Bouteflika reste à son poste, ou ceux qui gouvernent décident qu’il doit continuer jusqu’à la fin de son mandat actuel en 2019, ou qu’ils le présentent pour un cinquième mandat si son état de santé le leur permet, cela signifiera davantage de temps perdu dans l’histoire de l’Algérie ; mais aussi une crise suite au vide politique dont souffre le pays depuis plusieurs années, qui a conduit à un affaiblissement des partis politiques et fait perdre aux jeunes la confiance dans les politiciens et dans la politique.

Le début d’une nouvelle ère en Algérie

La première élection de Bouteflika en tant que Président en 1999 a contribué à stabiliser l’Algérie et à mettre fin à dix ans de guerre sanglante, qui ont failli plonger le pays dans une terrible guerre civile. Mais avec les années, il a déçu les espoirs de réformes qui auraient pu faire franchir au pays une étape vers la véritable démocratie, ouvrant les portes à la modernisation attendue par les élites éclairées de l’Algérie et sa jeunesse, qui en a marre d’être dirigée par des vieillards tirant leur légitimité d’une histoire qui ne l’intéresse plus alors qu’elle souffre énormément du chômage.

Ainsi, la fin de l’ère Bouteflika peut annoncer pour beaucoup la fin du règne d’une élite qui a gouverné l’Algérie depuis la guerre de libération avec le soutien de l’armée, qui continue à contrôler tous les rouages de la vie politique du pays. Elle peut aussi annoncer le début d’une nouvelle ère que personne ne peut prétendre décrire aujourd’hui, ni prévoir ce qu’elle réserve à l’Algérie, aux Algériens et à leurs voisins marocains.

Si les scénarios de l’après Bouteflika sont limités pour les Algériens, ils sont pratiquement inexistants pour les Marocains. Les voisins de l’Algérie ne peuvent qu’attendre de voir qui l’institution militaire va mettre sur le trône présidentiel du palais d’El Mouradia.

Espoirs déçus au Maroc

Pour le Maroc, les années Bouteflika, qui a gouverné son pays pour la première fois en 1999, année d’arrivée au pouvoir du Roi Mohammed VI au Maroc, sont des années de vaches maigres. Les espoirs de Rabat d’ouvrir une nouvelle page dans l’histoire des liens tendus entre les deux pays depuis la guerre des Sables en 1963 ont été déçus. Les Marocains ont vu d’un bon œil l’arrivée de Bouteflika au pouvoir car il est né et a grandi dans la ville marocaine d’Oujda, frontalière de l’Algérie. Même si la présidence de Bouteflika n’a pas connu de grandes tensions avec le Maroc, elle a choisi de ne rien changer à la situation ancienne, caractérisée par l’hostilité, la prudence et la vigilance envers l’autre.

Le Président Bouteflika et le Roi Mohammed VI ont hérité de liens tendus entre les deux pays pour des raisons historiques, encore davantage tendus par la crise du Sahara. Ils ont aussi hérité de frontières fermées depuis 1994. On pensait qu’ils briseraient les barrières psychologiques, historiques et politiques qui continuent d’empêcher l’établissement de liens normaux entre les deux plus grands pays du Maghreb, et feraient ainsi tomber le dernier obstacle devant la construction d’une Union du Maghreb rêvée par les générations de l’indépendance dans la région. Cette Union représente aujourd’hui l’avenir de leurs pays, dans un monde qui ne reconnaît que les grands regroupements économiques capables de relever les défis du développement et de faire face aux dangers sécuritaires entourant leurs Etats.

Pour les Marocains, le Maroc a fait ce qu’il pouvait pour un rapprochement véritable avec l’Algérie. Cette volonté a été exprimée au plus haut niveau quand le Roi du Maroc, Mohammed VI, s’est déplacé en Algérie en 2005. Il a insisté pour rester à Alger plusieurs jours après sa visite officielle et descendre dans les rues pour rencontrer les gens en marge de tout protocole. Les Marocains considèrent que les Algériens ont répondu à ses « signaux » marocains par des signaux inverses en continuant à soutenir le Front Polisario, qui combat le Maroc au Sahara et dresse ses tentes et ses camps d’entraînement en terre algérienne. Rabat a répondu par une escalade de la guerre médiatique entre les deux pays, qui ne s’est jamais arrêtée. Le discours officiel marocain a rendu l’Algérie directement responsable de la tension entre les deux pays, de la non-réouverture des frontières et du retard dans la construction de l’Union du Maghreb.

Libérer l’Algérie et le Maroc de l’immobilisme

Ainsi, l’absence de Bouteflika, un des hommes du passé en Algérie, de la scène politique pourrait ouvrir les portes à la normalisation des relations entre les deux pays, mais elle pourrait aussi augmenter encore la tension. Dans les deux cas, tout changement dans la hiérarchie du  pouvoir en Algérie devrait libérer les deux pays de l’immobilisme qu’ils ont connu pendant près de vingt ans ; autant de temps perdu pour tous les deux.

Le dernier mot définissant le futur reviendra encore à l’institution militaire algérienne, qui tiendra compte des équilibres stratégiques dans la région pour « sélectionner » le successeur de Bouteflika, mais aussi des relations de l’Algérie avec son environnement régional et international, et bien sûr avec son voisin marocain, qui sont restées gelées et au point mort pendant près de 18 ans.

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