Les Etats du blocus et le sommet islamique : un problème avec la Turquie ou avec Jérusalem/Al Quds ?

Sommet OCI istanbul

Pourquoi les dirigeants des Etats participant au blocus du Qatar ne se sont pas déplacés en Turquie pour le sommet exceptionnel de l’OCI ? C’est la question à laquelle tente de répondre l’éditorial d’Al-Quds Al-Arabi

Al-Quds Al-Arabi, jeudi 14 décembre

Le sommet d’urgence de l’Organisation de la coopération islamique s’est tenu hier, mercredi, à Istanbul afin d’étudier la décision du Président américain Donald Trump au sujet de Jérusalem/Al Quds. Il était dirigé par le Président turc Rajeb Tayeb Erdogan, en présence de 16 chefs d’Etat dont le Roi de Jordanie, Abdallah II, le Président palestinien, Mahmoud Abbas, les Emirs du Qatar et du Koweït, les Présidents du Liban, de l’Iran, du Venezuela, de l’Indonésie, du Soudan, du Bangladesh, de l’Afghanistan, de l’Azerbaïdjan, de la Guinée, de la Somalie, du Togo et du Yémen. Le Roi d’Arabie saoudite, Salman Ben Abdelaziz, n’était pas présent. Le Royaume s’est contenté d’envoyer le Ministre des affaires islamiques. Le Roi du Bahreïn et le Président des Emirats Arabes Unis se sont contentés d’envoyer les Ministres d’Etat pour représenter leur pays. Le Président égyptien Abdelfattah Al Sissi était également absent mais il a été plus généreux que ses homologues des Etats participant au blocus du Qatar en envoyant son Ministre des affaires étrangères, Sameh Choukry.

Des positions politiques clairement opposées à la décision du Président américain

On savait que l’Egypte et son régime étaient clairement en désaccord politique avec la Turquie, son Président Erdogan et le parti « Justice et développement » au pouvoir, suite à la position du gouvernement turc face au coup d’état dont a été victime le Président égyptien Mohammed Morsi et la terrible répression contre les Frères musulmans qui a suivi jusqu’à aujourd’hui. Mais les autres Etats pouvaient adopter une position plus modérée, d’autant qu’ils entretiennent tous de bonnes relations commerciales avec la Turquie.

De plus, tous ces Etats ont annoncé des positions politiques clairement opposées à la décision du Président américain au sujet de Jérusalem/Al Quds. Le Roi d’Arabie saoudite a même fait un discours grandiloquent exprimant « la condamnation du Royaume et son grand regret » après la décision américaine au sujet de Jérusalem/Al-Quds car « elle va clairement à l’encontre des droits du peuple palestinien ».

De nombreux signes émis par le Royaume et ses bras médiatiques indiquent que la question dépasse la froideur des liens avec la Turquie pour englober, notamment en ce qui concerne Riyad, le déploiement des forces turques au Qatar. Le retour de ces forces dans leur pays était une des nombreuses conditions irréalisables posées par les Etats participant au blocus du Qatar pour le lever.

Le leadership du monde musulman

Il y a aussi une sorte de lutte politique et géographique entre l’Arabie saoudite et l’Egypte d’un côté, et la Turquie de l’autre, pour le leadership du monde musulman. Mais ne fallait-il pas, par respect pour ce monde musulman et ses symboles sacrés, dont Jérusalem/Al-Quds fait partie, dépasser ces désaccords pour empêcher Israël et les Etats-Unis d’exploiter cette fracture entre les Etats arabes et musulmans ?

De nombreux autres signes viennent du Bahreïn, qui a autorisé une délégation à visiter Israël et dont un prince nommé Rashed Ben Khalifa a financé la production de tracts pour une exposition culturelle israélienne et leur distribution dans le monde entier, d’après le journal Yediot Aharonot. Dans le même temps, un journal papier saoudien a répandu une information disant que la chaîne Al Jazira encourageait la violence et les manifestations en Palestine et un autre journal a interviewé le Ministre des renseignements israéliens, Yisrael Katz. Ce dernier a invité le Prince hériter Mohammed Ben Salmane à se rendre en Israël.

La transaction du siècle

La position des Etats participant à l’embargo est donc cohérente avec les nombreuses fuites dans les médias internationaux au sujet d’une coordination entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite pour liquider la question palestinienne. Cette coordination est basée sur des considérations étonnantes : la liquidation de la question palestinienne contre une contribution directe israélienne à la guerre contre l’Iran ou une implication dans la « transaction du siècle » censée régler toutes les crises de la région et y faire régner l’influence américano-israélo-saoudienne. Il semble évident que le problème des Etats assiégeant le Qatar dépasse la Turquie et concerne bien aussi la Palestine.

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