Les vrais responsables de l’esclavage en Libye

Abdelbari Atwan

Comment en est-on arrivé là ?

La vente « d’esclaves » en Libye… La dernière chose que nous attendions de ce pays sinistré après qu’il a investi des milliards en Afrique… Sommes-nous effectivement racistes à ce point ? Qui est le responsable de ce crime… La Ligue arabe, la France, la Grande-Bretagne, l’Amérique et leurs alliés arabes ? C’est une honte !

Par Abdelbari Atwan

Nous ne pensions pas en tant qu’Arabes assister un jour, au 21ème siècle, à la vente d’esclaves dans nos pays, sur nos terres, par ceux qui prétendent appartenir à notre communauté ancienne et à la religion tolérante de l’Islam, qui a été la première à lutter contre ce phénomène honteux.

L’accusation d’esclavagisme et de vente d’hommes nous a poursuivis pendant des siècles. Nous avons essayé de réfuter cette accusation et parlé d’un complot colonialiste voulant nous coller cette étiquette et la consacrer à travers des films de fiction, dans lesquels Hollywood, la capitale du cinéma, a investi des millions en production et distribution.

Aujourd’hui, la claque nous arrive de Libye, où s’est déroulé une révolution qui devait l’avoir libérée et mis en place un régime démocratique et juste dans lequel tous les citoyens sont égaux, où règnent l’opulence et la justice sociale après le renversement d’un régime dictatorial totalitaire. Sept ans après cette « révolution », la nouvelle Libye nous surprend non pas avec l’anarchie sanglante, le pouvoir des milices, la fuite de la moitié de ses habitants dans les pays voisins en quête de sécurité, mais à travers la transformation de la capitale Tripoli ou une de ses exploitations agricoles, en marché aux esclaves où l’on vend aux enchères publiques des « esclaves » africains à bas prix ne dépassant pas 400 dollars par personne.

Il est paradoxal que le régime dictatorial précédent ait « blanchi » les Arabes en Afrique et joué un rôle fondamental pour faire oublier aux frères africains le passé des Arabes dans le commerce honteux des esclaves, en investissant des dizaines de milliards de dollars pour développer l’économie dans le continent noir, créer des emplois et fonder l’Union africaine sur des bases modernes avec des statuts très avancés.

Nous ne pouvons pas accepter les justifications lancées par les gens qui dirigent actuellement la Libye disant qu’il s’agit de « rares cas » isolés, car nous savons bien à quel point le « racisme » est ancré dans la tête de la plupart d’entre eux envers nos frères africains de peau noire ; comme s’ils appartenaient à la race aryenne et que leur peau était blanche comme celle des Suédois ou des citoyens de l’Alaska. Ils ont, ou certains d’entre eux, détruit une commune entière du nom de Tawarga au début de la « révolution » libyenne et ont parqué des milliers de ses habitants noirs dans des prisons ressemblant aux camps nazis. Ils ont torturé et tué des centaines d’entre eux, sous prétexte qu’ils soutenaient le régime du Général Kadhafi. Nous pensons que cette commune est toujours détruite et qu’il est interdit à ses habitants, du moins ceux qui sont toujours en vie, d’y retourner.

Le documentaire diffusé par CNN a montré sans mensonges une partie du marché aux esclaves dans une propriété agricole de la capitale Tripoli et toute tentative de défense condamne les avocats encore davantage que les entremetteurs, les vendeurs et les acheteurs.

Il ne faut pas blâmer uniquement ces entremetteurs et ces marchands mais aussi ceux qui ont conduit la Libye à cette situation humanitaire déplorable, en premier lieu la Ligue arabe, qui a légitimé l’intervention militaire de l’OTAN, lui a donné le feu vert pour détruire le pays et tuer 30 000 Libyens innocents.

Nous n’oublierons jamais le rôle joué par les pays occidentaux « civilisés », la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, leader du monde libre, dans ce drame libyen en « fabricant » la révolution comme l’ont démontré les documents par la suite, afin de renverser le chef disparu de la Libye non parce qu’il était un dictateur autoritaire, mais parce qu’il voulait lancer le « dinar » africain. Ce dernier devait devenir la monnaie de l’ensemble du continent africain et remplacer le dollar et l’euro. Cette vérité a été reconnue par l’ancien Président américain Barack Obama, qui a exprimé son grand regret d’avoir soutenu le « complot » franco-britannique d’intervention armée en Libye.

Je connais personnellement le peuple libyen, que j’ai côtoyé et au milieu duquel j’ai vécu. C’est un des peuples arabes les plus agréables, les plus généreux, les plus nobles et les plus modestes. Tous les drames, crimes et dérives que vit actuellement leur pays, dont la vente d’esclaves, lui sont étrangers ainsi qu’à ses valeurs et à ses mœurs.

Parler d’une enquête du gouvernement libyen de concorde au sujet de ce crime n’est que de la poudre aux yeux car ce gouvernement n’a de concorde que le nom. Il y a au moins trois autres gouvernements qui sont en compétition avec lui, dans un contexte d’anarchie sanglante.

Ceux qui méritent effectivement d’être jugés sont ceux considérés comme appartenant au peuple libyen et qui ont mis en oeuvre ce complot en servant d’outils à l’Occident, puis entraîné ce peuple dans la situation déplorable actuelle.

Que Dieu aide le peuple libyen car combien de crimes sont commis en son nom ces jours-ci ?!

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