Erdogan se rapproche d’Al-Assad

Abderrahman Al Rashed

Le rapprochement entre la Turquie et la Syrie démontre l’échec cuisant de Washington

As-Sharq Al-Awsat – Mardi 18 décembre 2018

Par Abdulrahman al-Rashed, ancien rédacteur en chef d’As-Sharq Al-Awsat et ex-directeur général de la chaîne Al-Arabiya

Les dirigeants soudanais et turcs se précipitent à Damas et cela correspond aux développements politiques sur le terrain. C’est une simple reconnaissance du fait accompli. La Turquie s’est rapprochée en silence du régime syrien depuis plus d’un an, dans le cadre d’une nouvelle politique en collaboration avec l’Iran et de l’abandon de l’opposition syrienne. En fait, ce ne sont pas les forces du régime syrien, ni les milices iraniennes, ni l’aviation russe qui a exterminé l’opposition syrienne, mais le gouvernement d’Ankara. Son rapprochement avec l’Iran et la Russie ainsi que son retrait du paysage syrien ont entraîné l’effondrement de l’opposition politique et militaire, car la Turquie était le principal soutien de l’opposition armée depuis le début de la révolution en 2011. L’abandon du projet de l’opposition patriotique, pour la différencier des djihadistes armés, a entraîné sa disparition presque totale sur le terrain. Il ne reste plus que quelques groupuscules que les Turcs emploient pour combattre les groupes kurdes. De nombreux dirigeants de l’opposition syrienne habitant à Istanbul ont également été chassés de Turquie.

La nouvelle orientation turque est basée sur une nouvelle alliance avec l’Iran et la Russie

De nouvelles positions surprenantes apparaissent sur le terrain : la Turquie s’est rapprochée des régimes syrien et iranien. Elle est désormais contre la présence américaine et combat l’opposition syrienne se trouvant à l’Est de l’Euphrate. Même si les responsables turcs justifient leur nouvelle attitude hostile à l’opposition syrienne par le fait que la majeure partie des opposants sont kurdes, ce qui est vrai, la nouvelle orientation turque à différents niveaux est basée sur une nouvelle alliance avec l’Iran et la Russie dans cette région, où elle veut se débarrasser de l’opposition. Le Ministère des affaires étrangères américain a lancé un avertissement à Ankara à ce sujet. Il considère que les positions d’Ankara et ses actions sont en contradiction avec les intérêts américains et ceux de l’OTAN, dont la Turquie fait partie. Sur le même plan, la décision d’Ankara d’acheter des missiles russes S-400 provoque la colère de Washington et il y a fort à parier que le différend entre les deux anciens alliés ne va que s’amplifier. La détermination turque à se rapprocher de l’Iran et faire du commerce avec met en évidence les orientations turques dans la région, sans oublier la Syrie.

Les Américains ont beau traîner les pieds, ils finiront par accepter Al-Assad

La visite du Président soudanais Omar Al-Bashir à Damas n’a qu’une valeur symbolique. Elle intervient au milieu de nombreuses actions destinées à améliorer l’image du Président Bachar Al-Assad, en réponse aux Américains qui refusent la solution russe réhabilitant le régime syrien. Les Américains ont beau traîner les pieds, ils finiront par accepter Al-Assad.

Au Nord de la Syrie, c’est un bourbier politique. Les Turcs et Al-Assad sont de plus en plus proches, ce que Washington essaye d’empêcher sans succès. Les Américains pourraient bien être obligés d’autoriser les forces turques à pénétrer dans Manbij, qu’Erdogan a menacé de prendre de force. Pourquoi les Américains s’appuient-ils sur les Kurdes syriens et les tribus arabes pour faire face au régime d’Al-Assad, alors que cela provoque la colère du gouvernement d’Erdogan ? Car Washington n’a pas d’autres choix et considère qu’Ankara est responsable de la défaite après avoir abandonné l’opposition syrienne. La Turquie combat l’Amérique dans cette région : elle utilise les restes de l’opposition syrienne qui lui sont fidèles comme « proxy » face au « proxy » américain représenté par les Kurdes et Arabes syriens à l’Est de l’Euphrate.

Personne ne croit au sérieux des Américains

De leur côté, les Russes veulent imposer le régime d’Al-Assad dans son ensemble et se moquent des efforts américains cherchant à faire échouer l’accord d’Astana-Sotchi en demandant la formation du comité constitutionnel et l’inclusion de l’opposition dans le nouveau régime syrien. Mais personne ne croit au sérieux des Américains. Tout le monde pense qu’ils n’ont pas la capacité de diriger les crises sur le long terme, alors que les Russes sont déterminés et réussissent ce qu’ils entreprennent. La rébellion des Turcs contre les Américains en Syrie montre la faiblesse de Washington, qui ne possède pas plus de trois mille soldats sur le terrain à l’Est de l’Euphrate.

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