Les Emirats Arabes Unis renversent les alliés de l’Arabie saoudite au Yémen

Manifestation pour l'indépendance du Yémen du Sud

Des Forces séparatistes financées par les Emirats Arabes Unis se sont emparées du siège du gouvernement légitime, pourtant soutenu par l’Arabie saoudite

Al-Quds Al-Arabi, lundi 29 janvier 2018

Il y a environ un an, les divergences entre les Emirats Arabes Unis et le gouvernement légitime yéménite dirigé par le Président Abd Rabboh Mansour Hadi sont apparues au grand jour : des affrontement ont éclaté en février autour de l’aéroport d’Aden suite au limogeage par Hadi du chef des Forces de protection de l’aéroport, le lieutenant-colonel Saleh Al-Omairi. Ces combats entre les Forces de protection de l’aéroport et celles chargées de défendre la présidence dans lesquels est intervenu un chasseur émirati en faveur d’Al-Omairi ont révélé les liens d’Abou Dhabi avec les nominations militaires et son influence sur des officiers de l’armée et des services de sécurité yéménites.

Salafistes contre Frères musulmans

Un mois plus tard, le Président yéménite a limogé le gouverneur d’Aden, Aidarous Az-Zoubaidi, qui est aussi un dirigeant d’Al-Hirak Al-Janouby (ou « Mouvement sudiste »), soutenu par les Emirats et appelant à la sécession du Yémen du Sud. Il a aussi remercié Hani Bin Brek, chef d’Al-Hizam Al-Amni (littéralement « la ceinture sécuritaire »), groupe également soutenu et financé par les Emirats, et leader salafiste. Ce dernier appartient à un courant que les Emirats Arabes Unis utilisent pour contrer l’influence du Congrès yéménite pour la réforme (Frères musulmans). Suite à cela, le Mouvement sudiste a organisé une manifestation, qui a donné naissance à « la déclaration d’Aden » demandant à Az-Zoubaidi de former un conseil politique pour diriger les gouvernorats du Sud. Un mois plus tard, Az-Zoubaidi a constitué un conseil de transition pour gouverner le Yémen du Sud.

Entre le marteau des indépendantistes et l’enclume des houthistes

Le chef du gouvernement yéménite, Ahmed Ben Dagher, avait écrit dans un article intitulé « Avant qu’il ne soit trop tard », publié il y a un an, qu’Aden serait « soit le début de la solution, soit le début d’une défaite qui s’amplifiera avec le temps ». Il a reconnu hier que ce qui s’est produit était un « coup d’état » : la dernière étape du plan émirati s’est réalisée avec la prise par les alliés d’Abou Dhabi du siège du gouvernement légitime, qui s’est ainsi retrouvé pris entre le marteau des indépendantistes au Sud et l’enclume des houthistes au Nord.

De nombreuses interrogations

La grande question qui se pose après la mise à jour du rôle militaire et sécuritaire évident des Emirats Arabes Unis au Yémen est de savoir comment Abou Dhabi va justifier la mise en pièces du gouvernement légitime, censé être soutenu par la « coalition arabe » menée par l’Arabie saoudite ?

L’autre question que se posent les Yéménites eux-mêmes est la suivante : si le soutien apporté par les Emirats Arabes Unis au soulèvement sudiste fait les affaires des houthistes, ne va-t-il pas aussi dans l’intérêt de l’Iran, dont Abou Dhabi prétend combattre l’influence au Yémen ? Et si les alliés supposés de Hadi ne sont pas capables de défendre sa légitimité, comment peuvent-ils prétendre se battre pour protéger le peuple yéménite et ses intérêts ?

Les erreurs stratégiques intérieures engendrent les erreurs extérieures

L’Arabie saoudite peine à défendre ses alliés au Yémen et cela est souvent expliqué par le fait que le pays est occupé par le processus de transfert du pouvoir au Prince héritier Mohammed Ben Salmane. En réalité, ce processus lui-même et la concentration des pouvoirs politique, militaire et financier dans les mains du Prince héritier qui en découle, est aussi périlleux et mal engagé que la politique du Royaume au Yémen et ses politiques envers le Qatar, la crise syrienne, l’Egypte, la Palestine, la Jordanie, le Liban, etc… Il n’est pas possible de dissocier ce qui se passe à l’intérieur et à l’extérieur de l’Arabie saoudite : les erreurs stratégiques intérieures engendrent les erreurs extérieures et les deux se complètent.

Que Dieu vienne en aide au Yémen !

Lien vers l’article original

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*