De graves développements en Syrie

Intervention de la Turquie en Syrie

L’intervention turque en Syrie révèle une collaboration entre les grandes puissances sur le terrain et l’opposition de la France à cette opération reste un mystère

Al-Quds Al-Arabi – Lundi 22 janvier 2018

L’opération « Rameau d’olivier » (nom donné par le Ministère de la défense turque à son intervention contre les « Unités de protection du peuple kurde » dans la ville d’Afrin) représente le foyer de plusieurs développements importants au niveau syrien.

Main mise effective sur une grande partie de la Syrie

Le premier de ces développements est incarné par le fait qu’il s’agit d’une première intervention militaire terrestre et aérienne turque de grande ampleur à l’intérieur de la Syrie, avec des déplacements importants de soldats, avions et chars, ce qui signifie à long terme une main mise effective sur une grande partie de la Syrie et une présence équivalente à celle des forces américaines, russes et iraniennes.

Cette intervention directe turque s’est déroulée avec le consentement forcé des deux puissances gouvernant les airs en Syrie : les Etats-Unis et la Russie. Les déclarations américaines se sont de fait désolidarisées des alliés kurdes de Washington à Afrin, sous prétexte que leurs forces ne participaient pas aux opérations de la « coalition » contre le groupe « Etat islamique ». De plus, le correspondant d’Al-Quds Al-Arabi nous a confirmé que les unités russes s’étaient retirées d’Afrin.

Une armée de 30 000 combattants des « Forces démocratiques syriennes »

Cet événement est lié à un autre tout aussi important : l’annonce par les Etats-Unis de la formation d’une armée de 30 000 combattants des « Forces démocratiques syriennes » pour protéger les frontières entre l’Irak et la Turquie. Cette annonce été considérée comme une forme de reconnaissance d’un Etat kurde contrôlant de vastes régions riches en pétrole, en récoltes agricoles et en eaux. Elle a été suivie de l’annonce sans précédent d’une stratégie américaine en Syrie s’opposant effectivement à la Russie et à l’Iran.

L’annonce de cette stratégie américaine a surpris les Russes et a contribué à leur décision de stopper pour la première fois leur système de défense anti-missile et d’ouvrir les routes aériennes et terrestres à l’armée turque. Le développement imprévu dans ce cadre a été la confirmation par Frans Kalintsivitch, vice-président du Comité de défense et de sécurité au Conseil de la Fédération russe, que son pays n’interviendrait pas en cas de conflit entre les forces du régime syrien et l’armée turque. Cette déclaration est inédite car Moscou a été le grand parrain du régime de Bachar Al-Assad et son protecteur au niveau militaire durant ces années de crise syrienne.

Au niveau régional, la déclaration du Ministère des affaires étrangères iranien a attiré l’attention car il a parlé de « grande préoccupation », tout en « espérant la fin des opérations turques contre la ville ». Cela révèle une opposition moins franche que prévue, alors que le Ministère des affaires étrangères égyptien  s’est opposé à l’opération et l’a considérée comme « une nouvelle violation de la souveraineté syrienne ». Il faut étudier cette déclaration à la lumière de l’hostilité entre le régime égyptien et le gouvernement turc, qui soutient le Président incarcéré Mohammed Morsi et qui a ouvertement pris position contre le gouvernement du Président Abdelfattah As-Sissi.

On peut entrevoir les horizons politiques de ces développement militaires, avec la prise de position claire des Etats-Unis par rapport au départ du Président syrien Bachar Al-Assad. Le nouveau soutien de la Russie à l’entrée de la Turquie en Syrie peut être considéré comme une réaction à cette position (affaiblir l’aile occidentale des Kurdes, alliés de Washington). On peut aussi le considérer comme une collaboration avec cette prise de position (la déclaration « neutre » de non-intervention dans un conflit probable entre les forces turques et celles d’Al-Assad). On peut aussi l’expliquer comme un accord de principe pour « contenir l’influence iranienne ».

On ne peut pas tenir vraiment compte de la position du régime d’Al-Assad, qui considère cette intervention comme « une agression brutale », car elle dépend des Russes et des Iraniens. La position d’As-Sissi, qui se préoccupe de la « souveraineté syrienne » davantage que le Président syrien et qui a lui-même parlé de l’usage de la « force brutale » contre son peuple, n’aura aucun impact effectif sur l’équation syrienne bien compliquée. La seule force internationale qui s’est levée contre cette opération est la France, qui a demandé une réunion d’urgence du conseil de sécurité, ce qui est difficilement explicable.

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