Le danger représenté par la ruée des pays du Golfe en direction d’Israël

Rapprochement entre Israel et les pays du Golfe

Pourquoi les pays du Golfe se jettent-ils si rapidement dans les bras d’Israel ? De grands événements se préparent d’après le journaliste et écrivain égyptien Emad Al-Din Hussein

Emad Al-Din Hussein – Al-Shorouk (Egypte)

En tant qu’Arabes et musulmans, nous avons été occupés par la decision du Président américain Donald Trump de transférer l’ambassade de son pays de Tel Aviv à la ville de Jérusalem sous occupation. Puis nous avons commencé à comprendre que ce n’était que le début des surprises ; ni la dernière, ni peut-être la plus grave.

Ces derniers jours, nous avons commencé à entendre un discours différent. Yisrael Katz, Ministre des renseignements et des transports israélien a donné pour la première fois mercredi dernier une interview au site saoudien Ilaf, dirigé par l’écrivain saoudien Othman Al Omeir. Il s’agit du premier entretien d’un média de ce pays avec un haut responsable israélien.

Un projet régional entre Israël et les pays du Golfe

Katz a appelé dans l’entretien à l’élaboration d’un projet régional entre Israël et les pays du Golfe, afin de faire revivre la ligne de train du Hijaz reliant le port de Haïfa à l’Arabie saoudite et au reste du Golfe, en passant par Beit Chéan et le pont du Roi Hussein en Jordanie. Ce train transportera les marchandises européennes et américaines dans le Golfe en passant par Haïfa au lieu du Détroit d’Ormuz et de Bab Al Mandeb, menacés par l’Iran d’après Katz. En d’autres termes, il a porté un coup au Canal de Suez, tout en prévoyant que les échanges commerciaux entre Israël et l’Arabie saoudite atteindraient 250 milliards de dollars par an.

Katz a révélé que 25% des marchandises turques destinées au Golfe passaient par Haïfa, tout comme 20% des exportations jordaniennes.

Il a également déclaré que son pays préférait redonner vie à l’initiative de paix du Roi Fahd plutôt que l’initiative arabe du Roi Abdallah, afin de ne pas rapatrier les réfugiés palestiniens.

Ce Ministre israélien fait du pied à l’Arabie saoudite et non à l’Egypte en déclarant que les Palestiniens ont besoin d’un Etat arabe pour les soutenir et les protéger. Il crée ainsi un conflit entre Le Caire et Riyad. Katz a aussi menacé le Liban et le Hezbollah de faire revenir le pays à l’âge de pierre, pas seulement celui des cavernes.

La censure saoudienne

Le lendemain de la publication de l’interview, le journal israélien Yediot Aharonot a publié un rapport révélant que la censure saoudienne avait effacé de nombreux paragraphes de l’entretien avec Katz, notamment un paragraphe où il a demandé au Roi Salman et au Prince héritier Mohammed de se rendre à Jérusalem et d’accueillir Netanyahou à Riyad. Il a aussi déclaré que l’Arabie saoudite était le seul pays du monde arabe capable de mener le processus de paix, et que l’adversaire commun des deux pays était l’Iran. Tout cela a été effacé, comme ses propos sur les liens secrets entre l’Arabie saoudite et Israël.

Le journaliste israélien qui a conduit l’entretien s’appelle Majdi Halabi, c’est un ancien soldat de l’armée d’occupation. Il a déclaré que ces parties avaient été censurées pour des considérations rédactionnelles !

Ce même jour, jeudi dernier, le Ministre des affaires étrangères saoudien, Adel Al Jubeir, a déclaré à France 24 : « L’Arabie saoudite a une feuille de route pour établir des liens diplomatiques entiers avec Israël, une fois la paix signée avec les Palestiniens ».

Il a dit que l’Arabie saoudite partageait les inquiétudes d’Israël face à l’influence de l’Iran dans la région et que les Américains réfléchissaient à un accord de paix total, mais il n’en a pas précisé les contours ni si les deux parties étaient prêtes à l’accepter.

Si l’on ajoute la visite d’une délégation du Bahreïn en Palestine occupée, 48 heures seulement après la décision de Trump, à la faiblesse des condamnations officielles arabes de cette décision, sans compter le peu d’empressement à convoquer un sommet arabe exceptionnel ou même à prendre des décisions sérieuses au niveau arabe, on comprend que beaucoup de plats se mijotent en cuisine et que l’on commence à en sentir l’odeur.

Ne pas répéter les mêmes erreurs

Autrefois, Israël se mettait à genoux pour serrer la main d’un responsable ou même d’un citoyen arabe. Aujourd’hui, c’est nous qui courront derrière l’ennemi, sans rien  obtenir. Nous faisions miroiter à Israël la normalisation une fois les droits des Palestiniens respectés, mais je ne sais pas si nos frères du Golfe se sont penchés sur la normalisation égyptienne après la visite d’Al Sadate à Jérusalem en 1977 ?

Nous demandons juste à nos frères d’en tirer les leçons et de ne pas répéter les mêmes erreurs.

L’état du monde arabe ne peut réjouir un ami mais il rend fou de joie l’ennemi. Pourquoi sommes-nous donc si « enthousiastes et pressés » ?

Il aurait fallu respecter le ressenti des Arabes et arrêter cette ruée, surtout après la décision de Trump. Ne devons-nous pas nous poser une question simple : quel message est envoyé à Washington et Tel Aviv avec cet empressement ?

Y a-t-il une surprise dont nous n’avons pas idée couronnant cette ruée vers Israël ?

Un proverbe égyptien dit « le vautour ne lâche pas sa proie comme ça ».

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