Les trois héros de la crise Hariri

Abdelbari Atwan

Qui sort vainqueur de cette crise ?

Trois « héros » de la crise Hariri… Pourquoi nous considérons que les ennemis de l’Arabie saoudite sont les plus grands bénéficiaires jusqu’à maintenant ? La prophétie du Ministre des affaires étrangères allemand à propos du Liban, de sa sécurité et de sa stabilité se réalisera-t-elle ? Voici une lecture différente de la crise et ses étapes suivantes.

Par Abdelbari Atwan

Si la version disant que l’Arabie saoudite a convoqué Hariri à Riyad et l’a obligé à démissionner de son poste de premier ministre pour créer une crise politique et la pagaille au Liban ayant un effet négatif sur l’Iran et ses alliés, en particulier le Hezbollah, est vraie ; on peut dire que ce projet saoudien a donné des résultat totalement contraires, allant dans l’intérêt de ses adversaires, diminuant son influence, dérangeant ses alliés et isolant le Royaume au niveau international, et peut-être aussi au niveau régional.

Avant de poursuivre dans l’analyse, il faut réaffirmer plusieurs points fondamentaux : l’intervention française et de son Président Emmanuel Macron, qui a envoyé son Ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian à Riyad et menacé de faire appel au Conseil de sécurité si l’on n’autorisait pas Hariri à partir le plus vite possible, puis l’a accueilli très chaudement au palais de l’Elysée, confirment qu’il était « emprisonné ».

Le Ministre allemand des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel, a clairement exprimé la colère européenne en demandant un signe de l’Union européenne affirmant que l’esprit aventurier gagnant le Moyen-Orient depuis plusieurs mois (allusion à l’emprisonnement de Hariri et autres) n’était pas acceptable et que « nous ne nous tairons pas ». Cette prise de position forte, qui a poussé le gouvernement saoudien à rappeler son ambassadeur à Berlin en signe de protestation, était un message disant que les Européens « ont perdu patience ».

Nous ne savons pas comment réagira M. Hariri à la crise et ses conséquences ainsi que les politiques et les prises de position qu’il adoptera prochainement. Il est probable qu’il préfère se taire et n’aborde pas directement les détails de la crise ainsi que les humiliations dont il a été victime car cet homme aime l’Arabie saoudite, où il est né et où son père a récolté des milliards dans le commerce. De plus, Hariri n’est pas un gauchiste révolutionnaire, ni un des cheikh de la sahwa ; il va donc garder ses contacts et protéger un minimum ses intérêts et sa famille en Arabie saoudite.

Trois personnalités sont devenues des héros et ont obtenu une énorme popularité avec cette crise :

  • Saad Hariri, qui a bénéficié d’une sympathie sans précédent aux niveaux libanais et arabe à cause de ce qu’il a vécu à Riyad mais cette popularité et cette sympathie vont dépendre de ses prochaines prises de position, de ses politiques et des alliances qu’il va nouer, et avant tout de la durée de son passage au Liban.
  • Le Président libanais Michel Aoun, qui a géré la crise en homme d’Etat et a fait preuve de grande responsabilité que ce soit par son courage, son audace, sa détermination à dire que le Premier Ministre était emprisonné, ou son refus d’accepter la démission tant qu’il n’avait pas rencontré l’homme.
  • Emmanuel Macron, le Président français, qui a considéré que « la liberté de mouvement de Hariri » était une cause personnelle et une cause pour son pays. Il a donc redoublé d’efforts jusqu’à réussir à le faire venir en France comme invité de marque et a démontré que la France était encore « une mère attentionnée » pour le Liban, que l’on soit d’accord avec cette description ou pas. Cette prise de position pourrait coûter à la France de nombreuses transactions économiques avec le Golfe, notamment avec l’Arabie saoudite.

La crise de l’emprisonnement de Hariri reste la partie émergée du projet américano-saoudien au Liban et pour le Liban car cette crise politique programmée devait conduire à la guerre contre le Hezbollah et l’influence iranienne, à une guerre civile entre communautés alliées. Ce plan, s’il a connu un échec avec le départ de Hariri de Riyad à travers la France, peut encore être exécuté.

Gabriel, le Ministre des affaires étrangères allemand, a clairement exprimé les dangers futurs auxquels fait face le Liban, pas seulement en parlant des « politiques aventurières » mais aussi en avertissant à voix haute que « le Liban faisait à nouveau face au danger d’affrontements politiques graves et peut-être militaires. C’est pourquoi, nous avons besoin que Hariri revienne. Le Liban ne doit pas devenir un jouet aux mains de la Syrie, de l’Arabie saoudite ou autre ».

Nous n’avons rien ajouté à ces paroles, qui décrivent précisément la situation du Liban et à travers lui de la région. Nous pouvons juste dire que nous espérons que Hariri, que j’ai rencontré à Hambourg après la mort de son père en martyr, soit de la trempe de son père, visionnaire comme lui, aussi attaché au Liban et qu’il maintienne l’accord qui lui a apporté la sécurité et la stabilité, éloigné le spectre de la guerre civile et l’a remis au poste de Premier ministre en tant que leader patriote et populaire, malgré l’opposition des ténors de son partis et son alliance.

Hariri fera-t-il cela , étant ainsi à la hauteur de ses responsabilités dans cet instant délicat de l’histoire du Liban ? Nous l’espérons.

Lien vers l’article original 

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*