Les crimes de guerre au Yémen resteront-ils impunis ?

Victime de la guerre au Yémen

Le quotidien pan-arabe Al-Quds Al-Arabi revient sur les crimes de guerre commis au Yémen avec la complicité de l’Occident

Al-Quds Al-Arabi – Mercredi 29 août 2018

Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a publié un rapport d’experts régionaux et internationaux indépendants sur la situation au Yémen et les violations commises depuis septembre 2014. Le rapport dit que l’équipe d’experts a de bonnes raisons de penser que les belligérants ont violé à de nombreuses reprises le droit international et humanitaire, en attendant les jugements d’un tribunal ad hoc et indépendant. Ce rapport devrait être présenté durant la prochaine réunion du Conseil des droits de l’homme à Genève, avant d’être transmis au Conseil de sécurité.

Ce rapport détaille les violations en six chapitres : agressions contre les civils, entraves à l’acheminement des aides humanitaires, diverses formes de répressions (arrestations arbitraires, disparitions, tortures, mauvais traitements), atteintes à la liberté d’expression, violences sexuelles, enrôlement et utilisation d’enfants. Le rapport condamne les houthis et leur « politique du fait accompli » pour crimes de guerre à cause de la torture, de l’enrôlement d’enfants et des entraves mises à la distribution des aides ; mais les trois experts condamnent encore davantage la coalition menée par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis.

Viols et crimes sexuels

Il parle de frappes aériennes menées par la coalition visant des rassemblements, des marchés, des enterrements et des mariages, de violations des droits économiques, sociaux et culturels, dont le droit à vivre dignement et le droit à la santé. Il parle d’autres violations incluant les viols et les crimes sexuels, notamment commis par les officiers émiratis dans les prisons et les centres d’enfermement. Les experts ont déterminé, quand cela était possible, les responsables potentiels de ces crimes internationaux et une liste de leurs noms a été transmise au Haut-Commissaire aux droits de l’homme.

Une victoire pour les habitants du Yémen

En théorie, on peut dire que ce rapport constitue une victoire pour les droits du peuple yéménite, après que le conflit et les opérations de la coalition ont fait environ 8 500 morts et 49 000 blessés, et provoqué une grave crise humanitaire ayant affecté des millions de personnes selon l’OMS, victimes d’assassinats, d’expulsions, des destructions, d’un manque de nourriture et de médicaments, et d’épidémies. Malgré une liste de 30 000 sites que la coalition dit elle-même épargner, la plupart d’entre eux ont été victimes de bombardements, comme le bus scolaire visé dernièrement à Saada, avec un bilan de 47 victimes et des dizaines de blessés. La publication du rapport est aussi une victoire pour le Conseil des droits de l’homme et de nombreuses organisations humanitaires qui n’ont cessé d’exiger la formation d’une commission d’enquête sur les crimes de guerre au Yémen. L’Arabie saoudite a tout fait pour faire entrave aux efforts visant à mettre en place cette commission et il est vraisemblable qu’elle refuse en bloc ses conclusions.

Des contrats d’armement s’élevant à des milliards de dollars avec l’Arabie saoudite

Il est paradoxal et dramatique que le Pentagone envoie un général américain pour demander à Riyad de faire preuve de retenue dans le bombardement des civils au Yémen tout en continuant à vendre les mêmes armes qui ont été utilisées pour ces crimes de guerre, à travers des contrats d’armement s’élevant à des milliards de dollars. Il ne faut pas écarter l’hypothèse que ce rapport d’experts ne reste sans suite après sa présentation aux différents conseils de l’ONU, car les grandes puissances suivent la politique du deux poids deux mesures avant toutes considérations humanitaires ou juridiques.

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