Controverse « religieuse » autour de la pluie en Arabie saoudite

Pluies diluviennes en Arabie saoudite

Les pluies diluviennes qui se sont abattues sur l’Arabie saoudite ont fait l’objet d’interprétations radicalement différentes de la part des prédicateurs selon leur orientation politique

Al-Quds Al-Araby – Dimanche 25 février

Par Hassan Salman

Un « secours bénéfique » ou une « colère » divine ?

Les pluies qui sont tombées sur l’Arabie saoudite ont été l’occasion pour de nombreux prédicateurs de donner leurs avis en la matière, dans le Royaume ou à l’étranger. Certains ont considéré ces pluies comme un « secours bénéfique », d’autres comme une « colère » divine, après que la vague de froid qui a accompagné ces pluies dans de nombreuses régions a détruit les vitres des voitures et causé de nombreux accidents.

Il faut savoir que les nombreuses prières pour demander la pluie suite à la sécheresse dans le Royaume ont été suivies dans de nombreuses villes saoudiennes de pluies diluviennes ayant causé plusieurs accidents, notamment à Médine et La Mecque.

Les pluies sont considérées comme un phénomène naturel dans tous les pays du monde, mais dans un pays comme l’Arabie saoudite, elles sont l’objet d’une interprétation religieuse de la part des prédicateurs, qui ont leur mot à dire sur tout. Les prêcheurs opposés à la politique saoudienne dans la région ont livré une interprétation bien particulière, ce qui a donné à ce phénomène naturel plus d’importance qu’il n’en a réellement.

« Bénédictions à ceux sur qui est tombé le secours dans notre pays et dans les pays musulmans »

Le prédicateur Aidh Al-Qarni a interprété dans une vidéo échangée sur les réseaux sociaux la tombée de la pluie en citant le Coran : « Et c’est Lui qui fait descendre le secours après qu’on a perdu espoir et répand Sa miséricorde. Et c’est Lui le Maître, le Digne de louange », avant de poursuivre : « Dieu a parlé de secours et non de pluie car c’est une miséricorde et une aide. Il a parlé de désespoir car les gens n’y croyaient plus mais Dieu est proche, Il répond et Il est miséricordieux. Il « répand sa miséricorde » car le secours et la pluie ne servent à rien sans miséricorde. Il répand ainsi Sa miséricorde sur les hommes, les animaux et la flore (…). Bénédictions à ceux sur qui est tombé le secours dans notre pays et dans les pays musulmans. Soyez heureux de ce secours : la communauté musulmane ne sera pas anéantie par la sécheresse. Que Dieu accepte nos prières et qu’il les transforme en averses ».

« Des manifestations de la colère de Dieu ! »

Mais le prédicateur tunisien Bachir Ben Hassan, connu pour son opposition à l’Arabie saoudite, a donné une « interprétation » radicalement différente des pluies dans le Royaume. Il a posté sur sa page Facebook des photos d’accidents causés par les pluies diluviennes accompagnées du commentaire suivant : « Des manifestations de la colère de Dieu ! Des pierres tombent du ciel pour détruire les biens. Et où ça ? Dans la ville du Messager de Dieu, bénédiction et paix sur lui ! »

Ben Hassan a ensuite ajouté que cela se passait quand « l’injustice et la répression sont omniprésentes, la tyrannie et l’esclavage sont généralisés, les savants sont en prison sans justification, de nombreux musulmans sont empêchés de faire le pèlerinage dans la Maison de Dieu et ce rituel est utilisé pour faire pression sur les opposants aux politiques injustes, des impôts dont Dieu n’a jamais parlé frappent les travailleurs musulmans immigrés, le vice se répand à travers les concerts, l’accueil de John Travolta et autres corrupteurs ; on confisque les fortunes des gens sous prétexte de lutte contre la corruption, l’inflation est insupportable, les domestiques et les ouvriers sont traités injustement, les sunnites sont humiliés et on soutient les coups d’état contre eux en Egypte, en Tunisie, en Libye ; on tue les innocents au Yémen, on y affame les enfants et on fait de ses femmes des veuves, on gaspille l’argent et on s’allie avec les ennemis de la religion (…). Le règne du dictateur Mohammed Ben Salman est néfaste pour cette terre sacrée et je demande à Dieu qu’Il  nous débarrasse de lui ! ».

Critique implicite de la politique d’ouverture

Des activistes avaient précédemment créé le hashtags #pluiepourfairerevivrelaterre, qui s’est placé en tête de Twitter. Des milliers de personnes l’ont utilisé pour demander à Dieu de ne pas priver l’Arabie saoudite des pluies. D’autres ont demandé l’arrêt des concerts, considérant qu’ils contribuaient à retarder la chute de la pluie et critiquant ainsi de manière implicite la politique « d’ouverture » du Prince héritier Mohammed Ben Salman.

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