Comment répondre à l’assassinat des scientifiques palestiniens par le Mossad ?

L’assassinat du chercheur palestinien Fadi El Batch en Malaisie s’inscrit dans une liste interminable de crimes du Mossad à l’étranger

Al-Quds Al-Arabi – Mardi 23 avril 2018

Le livre Rise and kill first : The secret history of Israel’s targeted assassinations, sorti récemment aux Etats-Unis, donne de nouvelles informations graves remontant à la création du service de renseignement israélien extérieur (Mossad) en 1948 et retrace une série interminable d’assassinats.

Ce livre essaye d’expliquer (ou de justifier) les raisons qui ont poussé les hommes politiques et les services de renseignement israéliens à commettre ces crimes, en les mettant en relation avec le sentiment continu de menace existentielle après l’holocauste nazi, sans oublier l’environnement arabe hostile à l’existence d’Israël.

Ce livre révèle que le Mossad (et l’Aman) a été entièrement mobilisé et son directeur a perdu le sommeil quand il a appris qu’un groupe de scientifiques allemands coopéraient avec l’armée et les services de renseignement égyptiens, durant le règne du défunt Gamal Abdel Nasser, afin d’apprendre aux Egyptiens à fabriquer des missiles. Le Mossad a donc espionné ce projet afin de le saboter et éloigner les scientifiques allemands en les assassinant ou par d’autres moyens.

une longue histoire d’assassinats de scientifiques palestiniens et arabes

Le Mossad a ensuite une longue histoire d’assassinats de scientifiques palestiniens et arabes soutenant la cause palestinienne. L’assassinat de Fadi El Batch en Malaisie il y deux jours est la dernière de ces opérations. Avant lui, l’ingénieur tunisien Mohamed Zouari avait été assassiné dans son pays, la Tunisie, pour ses liens avec un projet de fabrication de drones pour le Hamas. Le Mossad a aussi été accusé d’avoir assassiné un étudiant libanais spécialisé dans la physique nucléaire en France, la chimiste palestinienne Imane Hossam Erraza et le physicien nucléaire égyptien Yahya El Mashad, etc…

Tout cela implique l’existence d’une liste de chercheurs et de scientifiques palestiniens, arabes et musulmans (ou étrangers mais considérés par Israël comme constituant un danger) en lien avec des sciences pouvant avoir des applications militaires, et donc susceptibles d’être visés par Israël.

Créer un climat de paranoïa parmi les Palestiniens

Ces opérations ne constituent qu’une des formes du conflit entre les Palestiniens, leurs soutiens dans le monde, et Israël. Se concentrer sur leur nature sécuritaire est une erreur dans laquelle Israël veut nous faire tomber, car il cherche tout d’abord à convaincre les Palestiniens de leur défaite inéluctable dans ce domaine. Il cherche aussi à créer un climat de paranoïa parmi les Palestiniens face à l’invincibilité d’Israël et les terroriser afin qu’ils ne songent pas à approfondir des connaissances qui pourraient répondre au terrorisme israélien.

Il n’est pas possible d’ignorer la dimension sécuritaire de cette question mais il y a une dimension bien plus importante : l’histoire des sciences modernes nous enseigne qu’elles sont intrinsèquement liées aux régimes politiques libres encourageant les libertés économiques et sociales, ouvrant elles-mêmes la voie à la recherche scientifique et à l’innovation, sans se contenter de l’importer des pays développés. La recherche ne peut donc pas fonctionner dans un climat ne permettant pas l’application des sciences, ni leur utilisation, et ne donnant pas leur chance aux chercheurs.

On sait bien que les Palestiniens font parti des peuples les plus instruits et que la science est presque devenue chez eux un instinct naturel et un moyen de survie, mais cette orientation irrépressible du peuple ne trouve malheureusement pas de régime politique à même de l’exprimer.

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