Le combat autour du voile en Iran

Manifestation contre le voile en Iran

Al-Quds Al-Arabi – Lundi 5 février

La majorité des Iraniens pensent que les femmes doivent choisir elles-mêmes

Il est significatif que la Présidence iranienne publie un rapport confirmant que la majorité des Iraniens pensent que les femmes doivent choisir elles-mêmes si elles portent le hijab, sans avoir besoin de l’Etat. Des observateurs considèrent cet événement comme une victoire des manifestantes iraniennes contre le hijab à Téhéran et dans d’autres villes iraniennes.

Hasan Rohany, le Président iranien, a mis en garde mercredi dernier les dirigeants de son pays contre un destin similaire à celui du dernier chah s’ils ignorent le ras-le-bol du peuple, dans un discours télévisé devant le mausolée de l’imam Khomeiny, fondateur de la République islamique. Il a demandé aux dirigeants d’écouter les demandes et souhaits du peuple car « le régime précédent a tout perdu » en négligeant cela.

Le mouvement contre le hijab

Nasrin Sotoudeh, personnalité influente qui a déclenché le mouvement contre le hijab, est connue pour son activisme en faveur des prisonniers de l’opposition iranienne. Elle a ainsi été incarcérée en 2010 pour propagande contre l’Etat et menace envers la sécurité nationale. Sotoudeh défend désormais les femmes qui refusent de porter le hijab, dans le cadre de manifestations qui ont conduit à l’arrestation d’au moins 29 d’entre elles.

Ces faits montrent que la Présidence iranienne tente de comprendre les événements politiques et sociaux dans le pays et d’y répondre de manière positive. En face, des mouvements de rue s’expriment de plusieurs façons, dont les manifestations contre les politiques économiques du gouvernement ayant entraîné l’inflation, la baisse du niveau de vie et du taux de change (1 dollar vaut 36 950 rials iraniens). Les manifestations qui se sont déroulées à la fin de l’année dernière et au début de la nouvelle ont été un épisode important de ce mouvement.

Un sens politique davantage que religieux

Ces manifestations ont été entachées de graves violences et suivies d’une répression de pans entiers de la société, notamment les étudiants. Elles ont parfois visé des personnalités et des symboles politiques et religieux, à cause du lien que fait le peuple entre la religion et la politique à l’intérieur de l’Etat. Le mouvement contre le hijab a donc un sens politique davantage que religieux. Il s’oppose à l’idée de contrainte imposée par l’Etat et ses services, et plus largement à l’idée que l’on puisse légiférer sur les habits des femmes. Cela nous rappelle un mouvement similaire mais inverse, qui s’est produit en Iran : en 1936, le shah a promulgué une loi interdisant les habits traditionnels aux hommes et aux femmes, et prohibant le hijab par la force. Elle avait alors été considérée comme une violation de la liberté et de la dignité de la femme, ainsi qu’une provocation et un crime contre l’Islam.

Cette position de Reza Chah avait été influencée par sa visite dans la Turquie ultra-laïque de Moustapha Kamal en 1934. Il avait été séduit par ce qu’il considérait comme un progrès rapide en ce qui concerne la liberté de la femme et l’abandon du voile. Le chah a célébré l’interdiction du hijab en présence de sa femme, sa fille, les femmes des ministres et d’avocates dévoilées. Le tchador a aussi été interdit et les femmes voilées ne pouvaient plus marcher dans la rue ou utiliser les transports. Elles étaient poursuivies par la police et les services de sécurité retiraient le voile à toute femme qui le portait en public.

La volonté des femmes toujours ignorée

Ce parallèle historique montre le paradoxe qui naît quand l’Etat lie le progrès au dévoilement, dans le cas du chah, ou la pratique religieuse au hijab, dans le cas de la République islamique.  Dans les deux cas, la volonté des femmes a été ignorée : que ce soit celles voulant porter le hijab ou celles qui voulaient s’en débarrasser ; et cela ne se limite pas aux questions des vêtements et de leur interprétation mais s’étend aux problèmes économiques, politiques et sociaux.

Cette comparaison montre aussi que la République islamique a en fait suivi une politique inverse de celle du chah. Ainsi, on peut comprendre l’avertissement adressé par Rohany aux dirigeants iraniens s’ils ne saisissent pas les revendications populaires, et l’acte de la jeune fille de la rue « enghelab » (rue de la « révolution » en persan), qui a retiré son voile.

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