Pourquoi cette nostalgie pour les dictateurs arabes ?

Ali Abdallah Saleh Saddam Hussein Moammar Kadhafi

Pourquoi la nostalgie envers les leaders arabes des décennies passées augmente, malgré les réserves émises au sujet de leurs pratiques et de leurs régimes ?

Rai Al Youm – Dimanche 11 mars

A travers notre lecture quotidienne des informations dans ce journal, Rai Al Youm, nous avons constaté que les nouvelles liées aux anciens leaders arabes renversés, à travers des interventions militaires américaines ou des « révolutions » populaires, comme Saddam Hussein et Moammar Kadhafi, suscitent l’intérêt de nombreux lecteurs arabes et occupent une place de choix dans les articles les plus lus. Cela est encore plus vrai lorsqu’il s’agit des circonstances de leur assassinat, de leur exécution et de leur enterrement.

Nous abordons ce sujet à l’occasion de la déclaration de M. Mohammed Saïd Al-Qashat, ancien ambassadeur de Libye au Royaume d’Arabie saoudite, au sujet du cadavre du Président libyen Moammar Kadhafi, sept ans environ après sa mort, celui de son fils Moatassim et celui d’Abou Bakr Younis, ancien Ministre de la défense. Pour lui, le cadavre de Kadhafi a été mutilé de manière horrible, en contradiction totale avec les usages islamiques et moraux, avant que les trois hommes ne soient enterrés au milieu du désert dans un endroit inconnu.

Al-Qashat a sans doute voulu mettre fin aux rumeurs disant que le cadavre du leader libyen avait été transféré à Doha, ou qu’il avait été placé dans un four à métaux, ou qu’il avait été jeté dans la mer, comme les forces navales américaines avaient fait avec le cadavre du cheikh Oussama Ben Laden, chef d’Al-Qaïda.

Comment expliquer l’intérêt qui leur est porté des années après leur assassinat ou leur mort naturelle ?

Revenons au début de l’article et essayons de comprendre ce grand intérêt pour les chefs d’Etat arabes et leur mort. Peut-être qu’il vient de la déception actuelle face à l’absence de leaders arabes « charismatiques » de leur niveau ? Ils sont restés des années au pouvoir et se sont distingués par leurs positions nationalistes opposées à la colonisation et à ses projets dans la région. C’est d’ailleurs peut-être ce qui leur a coûté la vie et la destruction de leur pays en représailles.

Il est difficile de contester les accusations de dictature et de répression portées contre eux. Ces accusations ont été utilisées pour les renverser à travers des « révolutions », qui ont ouvert la voie à l’intervention américaine armée dans certains cas ; mais les leaders qui leur ont succédé et se trouvent actuellement à leur place ont-ils donné un meilleur exemple au niveau des libertés, de la démocratie et du respect des droits de l’homme ?

Qu’est-ce qui ne va pas et qui est responsable ?

Prenons l’exemple de la Libye et de l’Irak : ce sont actuellement les deux pays les plus corrompus dans la région et l’anarchie y règne dans de nombreuses parties. Il y a deux jours, nous avons appris la disparition de dix milliards de dollars parmi les seize milliards investis par le régime « corrompu » du général Kadhafi en Belgique. On parle d’autres dépôts s’élevant à des dizaines de milliards ayant disparu ces six dernières années, alors que le peuple libyen meurt de faim et vit en exil, humilié.

Le monde arabe vit une période sanglante de transition vers l’inconnu, avec de nombreuses guerres et cinq états faillis au moins. Il fait face aux projets de division et de partage adoptés et encouragés par les Etats-Unis et leurs alliés. Le plus grave est l’absence de leaders nationalistes capables de s’opposer à ces projets et de mobiliser les peuples arabes, hormis quelques rares exceptions.

En raison de l’absence de nouveaux leaderships arabes portant des projets alternatifs, une proportion non négligeable des peuples arabes sont nostalgiques du passé et de ces leaders malgré les réserves émises quant à leurs pratiques, à celles de leurs services de sécurité et de leur entourage dans le domaine des libertés et des droits de l’homme.

Nous sommes face à un phénomène notable qui mérite d’être discuté et étudié davantage de manière scientifique et posée, dans le respect de l’ensemble des opinions et des interprétations.

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