Centenaire de Nasser : le leader national et l’Etat policier

Gamal Abdennasser

A l’occasion du centenaire de la naissance du leader pan-arabe Gamal Abdennasser, le quotidien Al-Quds Al-Arabi revient sur le bilan de ses années à la tête de l’Egypte

Al-Quds Al-Arabi, mardi 16 janvier

On peut tirer beaucoup de leçons du centenaire de la naissance du leader égyptien Gamal Abdelnasser (1918-1970), pas seulement aux niveaux égyptien et arabe mais également au niveau international et au-delà des pays du « tiers-monde », comme on les appelait. Ces leçons englobent aussi les anciennes puissances coloniales et l’hégémonie actuelle, sans oublier les pôles dominants de notre époque.

Le premier Egyptien à gouverner le pays après les pharaons

La première leçon concerne l’Egypte. Certains considèrent que Nasser était le premier Egyptien à gouverner le pays après les pharaons car les anciens dirigeants étaient venus à la tête des armées de conquête : les Grecs et la dynastie lagide, les dirigeants après la conquête musulmane, les Ottomans et la dynastie de Méhémet Ali. Les plus grandes réalisations de Nasser sont donc celles visant à améliorer le niveau de vie des pauvres et des classes laborieuses incarnées par les grands projets tels que la réforme agraire, le haut barrage d’Assouan, l’industrie lourde et l’électrification des campagnes, sans oublier les réformes de l’enseignement, de la santé et des services publics.

Les foudres des puissances coloniales

La deuxième leçon concerne les dimensions arabes de ce leadership égyptien. Le Mouvement des « Officiers libres », qui a tourné la page de la monarchie le 23 juillet 1952, est issu de la défaite de l’armée égyptienne en Palestine, qui se trouve à l’origine du sentiment pan-arabe profond chez Nasser. Cela l’a poussé à former un seul pays avec la Syrie en 1958 et à intervenir en faveur des mouvements progressistes et indépendantistes contre les alliances rétrogrades au Yémen, en Irak, en Algérie et en Tunisie notamment. Ses prises de position lui ont attiré les foudres des puissances coloniales, surtout après la décision historique de nationaliser le canal de Suez, et l’Egypte a été victime d’une attaque tripartite de la Grande-Bretagne, la France et Israël. Mais elle n’est pas seulement sortie de cette agression victorieuse et plus soudée que jamais, elle a aussi pris le leadership des peuples colonisés.

Le concept de neutralité positive

Ici vient la troisième leçon : un leadership national authentique peut s’étendre au-delà du monde arabe et de l’Afrique. Nasser était un des fondateurs du Mouvement des non-alignés, aux côtés de l’Indien Nehru, du Yougoslave Tito et du Ghanéen Nkrumah. C’est à Nasser que l’on doit le concept de neutralité positive, qui fait la différence entre les positions des Etats-Unis et de l’Union soviétique au sujet de l’émancipation des peuples sans toutefois prendre partie pour un des deux camps de la guerre froide.

L’état policier

La quatrième leçon concerne le destin d’un leader national dans le cadre de l’Etat policier, qui place les militaires à la tête du gouvernement civil et au-dessus des lois et institutions. Nasser est arrivé au pouvoir suite à un coup d’Etat militaire et les officiers ont constitué la colonne vertébrale du pouvoir autour de lui. Ils ont mené des politiques dictatoriales, notamment après la dissolution des partis et la proclamation de « l’Union socialiste » comme parti unique.

On sait bien que les effets de ces politiques ne se sont pas limités à l’absence de libertés publiques, de vie démocratique et de liberté d’opinion mais qu’ils ont aussi abouti à une lutte entre les officiers à travers les institutions militaires et sécuritaires, ainsi qu’à une lourde défaite face à Israël en 1967. Celle-ci a incarné une fin on ne peut plus dramatique pour un leader patriote dont le règne avait commencé avec un noble rêve : donner vie aux espoirs de son peuple.

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