Comment expliquer la candidature surprise du général Sami Anane ?

As Sissi Anane

L’éditorial de Rai Al Youm tente d’y voir plus clair dans les prochaines élections présidentielles égyptiennes

Rai Al Youm – samedi 13 janvier

La candidature surprise d’Anane aux élections présidentielles égyptiennes est-elle une « comédie » destinée à renforcer la victoire d’As-Sissi ou un second choix pour l’armée ?

La situation extérieure de l’Egypte est très compliquée, avec de nombreuses crises : le barrage éthiopien d’An-Nahda, le contentieux avec le Soudan autour du Triangle de Halayeb et Chalatyn, sans oublier le conflit avec la Turquie et le Qatar. La situation intérieure n’est pas meilleure et devient difficile à comprendre.

L’élite politique égyptienne demeure choquée par la candidature puis le retrait du général Ahmed Chafiq des élections présidentielles, qui se dérouleront fin mars, et par le vacarme, les prédictions et les nombreuses explications qui les entourent. Elle vient de recevoir un nouveau choc avec l’annonce par Sami Balh, le porte-parole du Parti « l’Egypte de l’arabité », que le parti s’était réuni jeudi soir et avait décidé de présenter le général Sami Anane aux prochaines élections présidentielles. Il a aussi annoncé que Sami Anane allait faire un discours pour le peuple égyptien, dans lequel il accepterait d’être candidat et parlerait de son programme électoral.

Il est intéressant de constater que le Président Abdelfattah As-Sissi n’a toujours pas annoncé officiellement sa candidature. Peut-être que cette annonce attendra la fin du mois en cours et la limite fixée pour recevoir les candidatures, soit dans environ deux semaines. Il y a donc de quoi se poser beaucoup de questions au sujet de ce qui se trame dans les coulisses des cercles étroits du pouvoir en Egypte.

Il est beaucoup plus facile pour le Président As-Sissi d’affronter un adversaire comme le général Ahmed Chafiq plutôt que le général Sami Anane, dont on dit qu’il continue à bénéficier du soutien de l’institution militaire et sans doute de certaines puissances extérieures comme les Etats-Unis. On dit qu’il entretient de bonnes relations avec ces derniers depuis qu’il a occupé de nombreuses fonctions demandant de collaborer avec eux, que ce soit comme chef des forces aériennes ou comme chef d’Etat-major de l’armée égyptienne.

Deux jours après l’annonce de la candidature surprise du général Anane, le Président As-Sissi et  ses alliés politiques et médiatiques n’ont toujours pas réagi. Cela est compréhensible quand on sait comment les choses sont traitées dans l’Etat profond égyptien. Le général Chafiq, qui réside aux Emirats Arabes Unis, ne savait pas vraiment ce qui se tramait dans ces élections et que le général Anane était décidé à se présenter pour affronter le Président As-Sissi.

Quels sont les scénarios qui se préparent actuellement ?

Jusqu’à maintenant, il y a deux explications possibles à cette candidature du général Anane aux élections présidentielles :

La première veut que cette candidature fasse partie d’une « comédie » jouée d’avance, avec un candidat sérieux face au Président As-Sissi afin de donner de la crédibilité et du suspens aux élections. Beaucoup d’électeurs vont ainsi se déplacer mais les résultats sont connus à l’avance, avec la victoire du Président As-Sissi.

La deuxième explication dit que la candidature du général Anane n’est pas une comédie mais reflète des « conflits internes » dans l’institution militaire égyptienne gouvernante et tirant les ficelles. L’armée aurait donc décidé de s’en remettre au peuple pour la décision finale.

A Rai Al Youm, nous ne penchons pour aucune des deux explications. S’il s’agissait d’une comédie, on se serait contenté d’un « figurant » comme dans les dernières élections égyptiennes. Quant à la lutte interne dans l’armée, nous l’écartons car elle est restée soudée durant la majeure partie de son histoire moderne et son unité est considérée comme une ligne rouge à ne pas franchir.

Quelle est la position du maréchal Tantaoui, le « faiseur de rois », et vers quel candidat penche-t-il ?

Le maréchal Hussein Tantaoui, chef de l’ex-Conseil militaire égyptien et pour beaucoup (dont nous faisons partie) « faiseur de rois », a tranché dans les avant-dernières élections présidentielles, qui ont vu la victoire de Mohammed Morsi. De nombreuses personnalités proches des cercles du pouvoir, dont le défunt Mohammed Hussein Haykel, rapportent que le général Ahmed Chafiq avait remporté ces élections de justesse au second tour mais que le maréchal Tantaoui et le conseil militaire, dont le général Anane était membre, ont décidé d’annoncer la victoire du candidat des Frères musulmans afin d’éviter une révolution en Egypte. Le général Ahmed Chafiq était très proche du Président Moubarak et sa victoire aurait signifié la continuation du régime de ce dernier et l’avortement effectif de la révolution égyptienne. Le peuple égyptien « révolté » n’aurait pas accepté ce résultat et serait descendu dans les rues.

Les mêmes sources disent que le Conseil militaire, qui a été dissout en apparence, a promis au général Chafiq de le soutenir dans les prochaines élections présidentielles. Ces informations ne sont toujours pas confirmées officiellement, que ce soit à l’intérieur de l’Etat ou autour du Conseil militaire, et aucun témoignage ni document ne fait pencher la balance en leur faveur.

Le Président Abdelfattah As-Sissi a déclaré en entrant au Ministère de la Défense puis durant la période de transition qui a suivi le mouvement du 30 juin, dont l’armée s’est servie pour renverser le Président Morsi, qu’il ne voulait pas se présenter aux élections présidentielles et qu’il ne quitterait pas l’uniforme. Quand il a été « contraint » à se présenter, certains de ses proches ont déclaré qu’il ne ferait qu’un seul mandat ; ce qui veut dire qu’il ne se présentera pas aux prochaines élections.

Il faut s’interroger sur les véritables intentions de l’institution militaire dans les années à venir. Prépare-t-elle un scénario surprise transférant la présidence à un nouveau visage issu de ses « entrailles » pour faire face aux défis actuels ? Ou bien prépare-t-elle le terrain à de véritables élections âprement disputées, dont les résultats renforceront la position du Président As-Sissi et lui donneront un second mandat du peuple et de l’armée ?

Il est difficile de répondre à cette question dans le flou actuel, mais on peut dire que l’Egypte fait face à des défis extérieurs et intérieurs considérables. Elle a donc besoin d’un Président bénéficiant d’un soutien large et sans limites du peuple et de l’armée, lui permettant de prendre des décisions cruciales, dont « une déclaration de guerre » si besoin.

Nous n’écartons pas la présence d’un scénario tenu secret par l’institution militaire égyptienne, de laquelle les trois principaux candidats (As-Sissi, Anane et avant eux Chafiq) sont issus. Les grandes lignes de ce scénario vont apparaître dans les semaines et jours prochains. C’est pourquoi nous préférons ne pas faire de prédictions et nous considérons qu’il est plus sage d’attendre jusqu’à ce que tout s’éclaircisse.

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