La campagne anti-corruption de Ben Salman peut-elle réussir ?

Ritz-Carlton Riyad

Les trois conditions nécessaires à la réussite de la campagne anti-corruption en Arabie saoudite

Ma contribution qui a permis au peuple saoudien d’économiser des milliards dans une vente d’armes aux commissions exagérées et que je révèle pour la première fois.

Par Abdelbari Atwan

Les arrestations par le Prince héritier Mohammed Ben Salman d’un grand nombre de ses cousins, princes de haut rang, sous prétexte d’une campagne anti-corruption, ont occupé une grande place dans les médias arabes et internationaux. Elles ont constitué un « tremblement de terre » sans précédent, dans tous les sens du terme, dont les ondes de choc ont dépassé le Royaume d’Arabie saoudite pour atteindre les pays voisins et au-delà. Un des écrivains égyptiens a même demandé la même chose pour son pays, avec une large campagne d’arrestations des « gros poissons » parmi les hommes d’affaires qui ont volé les richesses du pauvre peuple égyptien.

On peut difficilement dire quels seront les résultats finaux de cette campagne et si elle est légale ou pas, que ce soit au niveau des intentions ou de la mise en œuvre. Mais les fuites parlent de négociations en cours derrière les murs du Ritz-Carlton, plus luxueuse prison de l’histoire, entre des enquêteurs saoudiens, les princes et les hommes d’affaires incarcérés, dont certains auraient abandonné 70% de leurs richesses. On parle aussi d’ « arrangements » secrets avec d’autres hommes d’affaires non incarcérés.

La corruption au Royaume d’Arabie saoudite est un secret de polichinelle qui n’a pas besoin d’être prouvé. La plupart des grands princes et des hommes d’affaires ont constitué leurs empires en usant allègrement de la corruption. Le Prince Bandar Ben Sultan, ancien ambassadeur et Président du conseil de sécurité nationale, a déclaré un jour dans une émission télévisée américaine, quand on lui a parlé de la corruption, qu’il n’était pas grave dans un pays riche comme l’Arabie saoudite, dont les rentrées pétrolières annuelles atteignent 400 milliards de dollar, si 150 milliards « se perdaient » dans les transactions délictueuses.

Je me rappelle que quand l’Arabie saoudite négociait pour acheter les avions britanniques Eurofighter comme il l’avait fait avec la transaction d’Al-Yamamah, Tony Blair, alors Premier ministre britannique, s’était plaint de l’augmentation du prix de l’avion de plus de 10 millions par les «intermédiaires » afin que leurs commissions augmentent. Blair a déclaré qu’il ne voulait pas revivre le « drame » des commissions de la vente d’Al-Yamamah et les dommages qu’elle avait causés au gouvernement britannique ainsi qu’à son industrie d’armement. Une méthode « machiavélique » a été utilisée pour informer le Roi d’Arabie saoudite Abdallah Ben Abdalaziz de la cupidité des intermédiaires et des princes qui les représentaient, ainsi que des pressions qu’ils exerçaient pour faire monter les prix. Le plan se résumait à faire fuiter une information à ce sujet en publiant tous les faits dans un journal défavorable au Royaume, où j’étais le chef de rédaction.

Un Saoudien patriote et honorable m’a invité à boire un café dans un lieu modeste de Londres et m’a donné tous les détails. Il m’a dit qu’il s’agissait d’une mission patriotique dans laquelle nous devions collaborer pour mettre fin à la tentative de vol de milliards de dollars des poches du peuple saoudien. Je n’ai pas hésité à publier l’information et certains de ses détails. Elle est présente dans les archives de mon ancien journal (Alquds Alarabi).

Le défunt Roi Abdallah, avec lequel le respect distant était partagé d’après moi, a lu l’information et s’est mis en colère, avant d’ordonner l’ouverture d’une enquête urgente pour punir les corrompus. Je ne sais pas s’ils l’ont vraiment été mais je sais que le Royaume d’Arabie saoudite a signé le 17 septembre 2007, soit trois jours avant une visite officielle du Roi saoudien à Londres, une transaction de plus de huit milliards de dollars pour acheter 72 avions Eurofighter, vendus au même prix qu’à la Royal Air Force.

Peut-être que le Prince Mohammed Ben Salman arrivera à « arracher » 100, 200 ou même 400 milliards de dollars aux princes et hommes d’affaires incarcérés et peu populaires pour des raisons trop longues à exposer ici. Nous doutons cependant des sommes évoquées car nous savons bien que la plupart d’entre eux ont placé leur argent dans des titres et investissements à l’extérieur du Royaume, sous des noms de sociétés dirigées par des proches ou des membres de leur famille. Pour porter ses fruits, toute guerre contre la corruption doit remplit plusieurs conditions :

  • Premièrement : être transparente et non sélective. Elle ne doit pas être basée sur la vengeance.
  • Deuxièmement : la confiscation des biens et titres doit se dérouler dans le cadre de la loi et de procès équitables.
  • Troisièmement : elle doit conduire à l’élimination de tous les foyers de corruption dans le cadre d’une opération continue et encadrée par la loi, accompagnée par des réformes politiques, économiques, sociales, législatives, sous la surveillance populaire du parlement et avec une presse libre.

Nous ne voulons pas porter de jugement hâtif car les détails sont rares et les informations publiées ne sont que des suppositions, mais la campagne d’arrestations est périlleuse car elle a adopté la méthode du « choc » et de la précipitation dans une période de « renversement » à l’intérieur d’un Royaume connu pour son conservatisme, son secret et sa prise de décision lente.

Le Royaume d’Arabie saoudite précipite le changement et se lance dans des « aventures » parfois « non réfléchies ». Il mène des guerres sur plusieurs fronts en même temps et les déclenche l’une après l’autre. Peut-être que la guerre contre la corruption est la plus légitime d’entre elles , et la plus dangereuse, si elle est correctement dirigée et conformément aux conditions évoquées précédemment.

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