Ca bouge dans les palais saoudiens : vers un retour de la « coopération » ?

Des princes saoudiens en réunion

On s’active à l’intérieur du clan Saoud et cela n’est plus un secret pour personne. Les contacts se multiplient afin de faire retomber la colère des mécontents et ressouder la famille après l’assassinat de Jamal Khashoggi. Ce processus aboutira-t-il à une redistribution de l’autorité de manière à rétablir la « coopération », qui régnait avant l’ascension de Mohammed Ben Salman ? Il semble qu’il est encore trop tôt pour affirmer cela, mais il est certain que tous les choix sont périlleux.

Al-Akhbar – Vendredi 2 novembre 2018

Par Loqman Abdallah

Suite à l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, l’Arabie saoudite a diminué ses actions politiques et diplomatiques extérieures, même si elle a absolument besoin de redorer son image écornée et de laver tout le sang qu’elle a sur les mains dans plusieurs pays arabes, notamment au Yémen. Il est clair que Riyad ne se tournera pas vers les pays occidentaux pour le moment, compte tenu des pressions croissantes sur les dirigeants occidentaux amis du régime et de Mohammed Ben Salman, accusé d’avoir commandité l’assassinat de Khashoggi. Le Royaume sait qu’il est encore trop tôt pour colmater les brèches dans ses relations avec ses alliés occidentaux ou les séduire avec de nouvelles ventes alléchantes puisqu’ils ne s’intéressent qu’à celles-ci.

Ben Salman a confisqué près de 35 milliards de dollars

Les principales actions se concentrent sur la politique intérieure, afin de réordonner les choses suite à la politique autoritaire adoptée par Ben Salman. Cette dernière a atteint son paroxysme avec la fameuse campagne d’arrestation de ses cousins retenus au Ritz-Carlton fin 2017, sous prétexte de lutte contre la corruption. Elle s’est finie par des arrangements financiers à travers lesquels Ben Salman a confisqué près de 35 milliards de dollars. Après l’affaire Khashoggi, le Roi Salman a essayé de ressouder la famille régnante et noué des contacts avec les princes mécontents de son fils. D’après une source proche de la famille royale citée par Reuters le mois dernier, les conséquences de l’assassinat de Kashoggi ont été si grandes que le Roi est intervenu en personne. Des proches du bureau du Roi disent que la famille au pouvoir se sent menacée après l’incident d’Istanbul et parlent de tentatives pour calmer la colère suscitée par les mesures répressives de Ben Salman à l’encontre des branches concurrentes. La majeure partie des princes fâchés ont répondu favorablement aux efforts du Roi, car ils n’ont pas d’autre choix après avoir été privés de leur pouvoir et de leurs privilèges.

La question est de savoir quel sera le prix à payer pour satisfaire ces branches, qui ont constitué des piliers du règne des Saoud pendant plus de 80 ans ? Selon toute logique, un arrêt de l’hégémonie personnelle et de le concentration des pouvoirs politiques, militaires et économiques, qui devront être redistribués comme auparavant ; la promesse de ne pas renouveler les campagnes d’arrestations et de confiscation des biens ; sans oublier avant tout la « saoudisation » du pouvoir après que le Roi Salman l’a limité à sa branche. Seule cette dernière mesure peut rétablir la « collaboration » et laisser entrevoir une sortie de crise. Mais le Prince héritier, qui dispose de la totalité des pouvoirs, va-t-il l’accepter et permettre la  redistribution des ressources et de l’autorité ?

Le Roi ne prête aucune attention à toutes les critiques qui sont faites à son fils

Ben Salman traverse une crise très grave : son image est ternie, l’opinion publique mondiale lui est hostile, ses alliés européens et américains sont dans l’embarras. En somme, il est dans une situation peu enviable. Il continue toutefois à avoir la confiance du Roi, qui n’a pour l’instant montré aucune intention de le destituer ou de limiter ses pouvoirs, bien au contraire. Le Roi ne prête aucune attention à toutes les critiques qui sont faites à son fils. Malgré tout le tapage des Américains autour de l’affaire Khashoggi, les Etats-Unis n’ont jusqu’à aujourd’hui montré aucune envie de cesser leurs relations avec le Prince héritier. Si cette envie existait, il faudrait tout d’abord trouver un successeur capable de mettre en œuvre les politiques américaines et israéliennes avec le même enthousiasme que Ben Salman.

Servir le projet américano-israélien

En réalité, Washington possède de nombreuses cartes à l’intérieur de la famille en particulier et du Royaume en général. Les Etats-Unis ne manquent pas de princes saoudiens désirant coopérer conformément à leurs intérêts mais ils ne sont pas tous prêts à aller aussi loin que Ben Salman pour servir le projet américano-israélien, notamment en ce qui concerne « la transaction du siècle » et la guerre contre l’Iran. Ces derniers temps, on a reparlé de l’ex-Prince héritier, Mohammed Ben Nayef, qui est un des plus anciens amis de l’Occident. Il ne faut pas oublier aussi le retour du prince Ahmed Ben Abdulaziz, petit-frère du Roi, en Arabie saoudite la semaine dernière dans le cadre d’une redistribution des cartes américaines et occidentales ; mais les spécialistes des affaires saoudiennes considèrent que ce dernier n’est pas capable de mener à lui seul un changement à l’intérieur des cercles du pouvoir.

Quoi qu’il en soit, la famille régnante est dans une situation très compliquée malgré les tentatives pour recoller les morceaux. Les choix qui s’offrent à elle sont tous périlleux : si les pouvoirs sont redistribués après un quelconque accord, ce sera aux dépens de Ben Salman, qui restera terriblement méfiant envers ses cousins, qu’il a arrêtés, humiliés et volés. De leur côté, les princes verront Ben Salman comme un aventuriste attendant le moment propice pour leur mettre une nouvelle fois la main dessus.

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