Bouleversements surprises dans l’état-major de l’armée saoudienne

Le Prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed Ben Salmane

Le Prince héritier Mohammed Ben Salman vient de placer ses hommes à la tête de l’armée mais à quels résultats faut-il s’attendre sur le terrain, au Yémen ?

Rai Alyoum – Mercredi 28 février 2018

L’échec de l’opération « décisive » au Yémen, qui entre dans sa quatrième année, est-il la principale cause des changements surprises à la tête de l’armée ?

Une source occidentale, qui a visité le Royaume d’Arabie saoudite ces derniers mois et a eu un entretien avec le Prince héritier Mohammed Ben Salman dont Rai Al Youm a obtenu certains détails, a déclaré que le Prince était très contrarié par les échecs des forces armées saoudiennes au Yémen au point de déclarer : « Cette guerre nous a permis, entre autres, de découvrir que nous n’avions pas une armée digne des ambitions du Royaume à devenir une puissance militaire régionale capable de faire face aux défis ».

Les changements effectués par le Roi d’Arabie saoudite Salman Ben Abdelaziz au sommet de la hiérarchie militaire mardi matin, avec le renvoi du chef d’état-major, ainsi que des chefs des armées de terre et de l’air, confirment les propos de la source occidentale. Ils reflètent aussi la volonté des dirigeants saoudiens de restructurer l’armée de fond en comble. La modernisation ne se limite donc pas à l’achat d’avions et de chars pour des dizaines de milliards de dollars, mais englobe aussi les ressources humaines.

Aucune explication officielle sur ces bouleversements à la tête de l’institution militaire saoudienne, mais le fait qu’ils interviennent au moment où la guerre au Yémen entre dans sa quatrième année sans avoir atteint la plupart de ses objectifs démontre qu’ils sont intimement liés à cette guerre. Il ne faut pas oublier que les dirigeants saoudiens sont convaincus qu’ils mènent une guerre par procuration contre l’Iran en affrontant les houthistes.

Les Rois d’Arabie saoudite n’ont jamais donné une grande importance à l’armée, qui a été considérée pendant des années comme la plus faible parmi les grands Etats de la région, notamment durant les années 70 et 80, pendant lesquelles les coups d’Etat militaires ont secoué la région. Ces Rois ont donc mis leur veto à la modernisation de l’armée de peur que ce phénomène ne touche aussi le Royaume.

Il y a environ 15 ans, le Prince Bandar Ben Sultan, alors ambassadeur de son pays à Washington, a tiré la sonnette d’alarme. Dans un entretien avec un groupe d’hommes d’affaires saoudiens en visite dans la capitale américaine, dont des parties ont fuité jusqu’à un journal londonien, il a critiqué l’état de l’armée saoudienne et la façon dont la dirigeait son père, le feu Prince Sultan Ben Abdelaziz, alors Ministre de la Défense. Bandar Ben Sultan a affirmé que l’armée avait besoin d’être complètement restructurée et modernisée, en donnant la priorité aux compétences individuelles.

Quelles leçons a tiré le Prince Ben Salman de cette guerre ?

Il est significatif que ces décrets du Roi d’Arabie saoudite annonçant les changements à la tête de l’armée aient été émis sur demande du Ministre de la Défense, son fils Mohammed Ben Salman. C’est ce dernier qui a lancé la « tempête décisive » au Yémen, qu’il considère comme une « guerre préventive », quelques semaines après avoir été nommé à la tête du plus important ministère de l’Etat alors qu’il n’était qu’héritier du Prince héritier.

Il faut noter que ces décrets renvoient le général Abdelrahman Ben Saleh Ben Abdallah Al-Binyan, chef d’Etat-major, et le remplacent par son suppléant, le lieutenant-général Fayadh Ben Hamed Ben Raqqad Ar-Rowayli. Ils  limogent aussi le chef de la défense aérienne, le lieutenant-général Mohammed Ben Aoudh Ben Mansour Ben Sohaym, le chef de l’armée de terre, et le lieutenant-général et prince Fahd Ben Turki Ben Abdelaziz Al Saoud, à son poste depuis seulement un an. Cela signifie que ces trois hommes portent la responsabilité des échecs au Yémen et servent de boucs-émissaires.

Les compétences sont-elles devenues plus importantes que l’appartenance à la famille royale ?

Le renvoi d’un Prince, petit-fils du Roi Abdelaziz, de cette façon pour le remplacer par un homme n’appartenant pas à la famille royale révèle une nouvelle gestion audacieuse et sérieuse de l’institution militaire, d’après ceux qui connaissent les rouages de la politique saoudienne.

Le Prince Mohammed Ben Salman, qui s’apprête à effectuer une tournée durant laquelle il passera par Londres, veut affermir encore son pouvoir sur l’institution militaire en mettant ses hommes aux postes importants. Il a fait exactement la même chose avec les services de sécurité et la Garde nationale, sorte d’armée parallèle.

Reste maintenant à savoir si ces changements vont porter leurs fruits au Yémen, notamment à la frontière entre ce pays et l’Arabie saoudite. Des rapports révèlent que les houthistes ont progressé sur ce front malgré leurs capacités militaires limités. Ces changements vont-ils parvenir à calmer les critiques internationales au sujet des pertes humaines et matérielles considérables causées par les bombardements et le blocus, qui affame plus de 23 millions de Yéménites ?

Il est difficile de répondre à ces questions un jour seulement après ces changements, mais nous savons à Rai Al Youm que la solution militaire adoptée depuis trois ans aura bien du mal à faire pencher la balance et sortir l’Arabie saoudite de son bourbier. L’amélioration probable des performances de l’armée saoudienne peut être un moyen de pression pour parvenir à une solution politique à travers les négociations. Dans ce cadre, la nomination d’un Britannique pour remplacer Ismail Ould Cheikh comme envoyé des Nations-Unies en même temps que ces changements est sans doute très révélatrice.

Nous allons attendre de voir ce qu’il se passe sur le terrain avant de juger et il est certain que nous ouvrirons à nouveau ce dossier dans les prochaines semaines.

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