Le blocus du Yémen…Volonté saoudienne, connivence arabe et onusienne

Boshra Maqtary

La journaliste militante yéménite Bochra Maqtary lance un cri d’alarme suite au blocus imposé par l’Arabie saoudite à son pays

Aucunes lois humanitaires et éthiques ne protègent les Yéménites aujourd’hui face à un blocus injuste imposé par l’Arabie saoudite, leader de la coalition arabe au Yémen. Elle viole ces lois depuis son intervention militaire au Yémen, continue de tuer les Yéménites et intensifie le blocus depuis environ quinze jours. Le blocus saoudien a ramené d’un coup les Yéménites aux premiers jours de la guerre, avec leur âpreté, leur terreur et leur barbarie ; comme si trois années de meurtres, de blocus et de torture ne leur suffisaient pas. Dans la loi des forts, on ne prête pas attention à la punition infligée à un peuple dévasté par la guerre. Toutes les mesures punitives sévères deviennent justifiées et sont acceptées conformément à la balance des conflits régionaux et aux intérêts des autres. Après que les Houthistes ont visé la capitale saoudienne Riyad début novembre, les Yéménites vivent au jour le jour un blocus sans pareil depuis le début de la guerre dans leur pays il y a trois ans. De plus, la coalition arabe vise les civils et plus de soixante Yéménites ont été tués durant la première semaine seulement, sans compter les blessés et les destructions considérables causées par les raids. La dernière intensification du blocus saoudien a bouché le petit trou par lequel les Yéménites ont longtemps respiré difficilement, car les autorités saoudiennes ont fermé les accès terrestres, maritimes et aériens au Yémen. Elles ont ainsi multiplié les souffrances des Yéménites, ignorant la responsabilité politique qui leur incombe devant les Yéménites et le monde suite à leur intervention militaire. L’Arabie saoudite, en tant qu’Etat fort soutenu et ne devant pas répondre de ses crimes envers les Yéménites, a fait fi par son blocus de tous ses engagements et ses promesses faites aux Yéménites, violant ouvertement le droit humanitaire international.

Il n’est jamais arrivé dans l’histoire moderne que le blocus d’un peuple sans défense et sans souveraineté soit soutenu ou ignoré comme cela se passe aujourd’hui au Yémen. La communauté internationale et régionale ne s’est pas contentée de bénir les mesures saoudiennes mais a tout fait pour satisfaire la colère saoudienne contre les Yéménites. La Ligue arabe et son Secrétaire général n’ont même pas exprimé leur « simple » inquiétude face au coût de la guerre menée par l’Arabie saoudite au Yémen. Son Secrétaire général n’a pas été touché par le blocus d’un peuple depuis plus de trois ans, alors que la Ligue a accédé à toute vitesse à la demande saoudienne de réunion d’urgence afin d’examiner le rôle iranien et la fourniture des armes aux Houthistes.

L’Arabie saoudite sait que le blocus des Yéménites et leur isolement du reste du monde est une punition pour laquelle elle ne devra rendre de comptes à personne. Ni à la communauté internationale, ni aux forces politiques yéménites car la communauté internationale a toujours ignoré les souffrances des Yéménites au point de décrire la guerre se déroulant dans leur pays comme une guerre oubliée, peut-être afin de se rassurer elle-même par rapport à son oubli feint. Dans le même temps, l’autorité légitime, représentée par le Président yéménite Abdrabbo Mansour Hadi a été écartée de force de ce qui se passe au Yémen. Cette autorité légitime n’est donc plus concernée par la situation des Yéménites, même si l’Arabie saoudite prétend que la fermeture des frontières a été réalisée avec l’accord de cette autorité. Le meilleur règlement de crise et le plus reposant pour cette autorité légitime consiste à s’assurer un séjour tranquille à Riyad. En même temps, les Houthistes ont utilisé le blocus saoudien dans leur communication et ont adopté une escalade militaire irresponsable en territoire saoudien. Il n’est pas possible de miser sur un groupe aventuriste, qui ne s’est pas contenté de tuer les Yéménites mais n’a pas non plus honte d’avoir causé leur blocus.

Un Etat sans souveraineté comme le Yémen ne peut pas imposer à l’Arabie saoudite le respect des lois qui régissent les relations entre les deux pays. La violation des frontières du Yémen, de son espace aérien et les outrages envers son peuple passeront comme une lettre à la poste pour le moment. Un Yémen sans autorité politique nationale ne peut pas demander des comptes à l’Arabie saoudite au sujet des mesures écrasant ses citoyens (…). Ce blocus n’est pas abordé par les organisations internationales, les Nations Unies ou les personnes intéressées par la question du Yémen comme un crime de guerre et un crime contre l’humanité, mais comme une mesure préventive saoudienne.

Le monde ne se rend pas compte qu’une semaine d’intensification du blocus saoudien aux frontières terrestres, maritimes et aériennes du Yémen a détérioré la situation humanitaire comme jamais : les solutions d’urgence utilisées par les organisations internationales durant la guerre ne marchent plus, les aides alimentaires ne sont plus rentrés pendant plus d’une semaine, ce qui signifie la mort pour de nombreux Yéménites qui comptent sur les aides, notamment dans les zones rurales pauvres. La fermeture des accès maritimes a empêché l’arrivée des produits pétroliers, ce qui a causé une crise de carburant dans toutes les régions du Yémen, un arrêt de la plupart des hôpitaux gouvernementaux et des départements de dialyse, une spéculation des vendeurs au marché noir en ce qui concerne les prix du carburant et des denrées alimentaires, qui ont doublé. Les denrées alimentaires de base comme le riz, les graines et le lait pour les enfants ne sont plus présentes sur les marchés. La vie des Yéménites est paralysée depuis la fermeture de l’aéroport d’Aden et des frontières terrestres comme Al-Raboah. Des milliers de malades yéménites sont retenus à l’étranger et beaucoup d’étudiants n’ont pas pu voyager pour finir leurs études.

Les autorités saoudiennes n’ont pas été embarrassées par les appels répétés des Nations Unies à lever le terrible blocus et elles n’ont pas respecté leurs engagements devant les Nations Unies en ce qui concerne la fermeture de l’aéroport d’Aden depuis un an et le facilitation du trafic dans cet aéroport. Elles ont continué à poser des conditions supplémentaires à la gestion commune du port d’Al-Hudaydah avec les Nations Unies, ce que cette dernière a refusé. L’Arabie saoudite, que personne n’empêchera d’écraser et de torturer les Yéménites, est allée bien loin dans ses exactions puisqu’elle a bombardé les équipements de contrôle du trafic aérien de l’aéroport de Sanaa le 14 novembre, isolant ainsi complètement la ville du monde et empêchant les vols onusiens et humanitaires de se rendre au Yémen jusqu’à nouvel ordre.

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