Bachar Al-Assad: Dernier homme debout au milieu de nouveaux soulèvements arabes

Le président Syrien Bachar Al-Assad, à droite, rencontre le président du Soudan Omar Bashir à Damas. Agence de presse officielle Syrienne SANA, le 16 Décembre 2018

Bachar Al-Assad, ultime homme encore debout au milieu d’une nouvelle vague de soulèvements du Printemps arabe qui ont conduit à l’éviction des dirigeants algériens et soudanais. Examinons ce qu’il reste du pouvoir du président syrien et ce qui nous attend en Syrie.

C’est le printemps arabe, saison II, et Assad reste l’un des rares survivants. Il est le dernier homme debout parmi une «récolte d’autocrates arabes» résultant d’une nouvelle vague de protestations, ayant abouti à la destitution des dirigeants Algériens et Soudanais.

Le président syrien Bachar Al-Assad a survécu à un soulèvement, à une guerre «ruineuse» qui a duré des années et à un « califat » islamique établi sur certaines parties de son pays brisé. Pourtant, alors que le conflit syrien entre dans sa neuvième année, le dirigeant syrien de 53 ans semble plus sûr et plus confiant qu’à aucun autre moment depuis le début de la révolte contre son régime en 2011.

Toutefois la guerre pour la Syrie n’est pas encore terminée et le chemin à parcourir est encore semé d’embûches.

Les expulsions consécutives du président Algérien Abdelaziz Bouteflika après deux décennies de pouvoir et du dirigeant Soudanais Omar El-Béchir après trois décennies, ont été qualifiées de « deuxième printemps arabe », après la vague de protestations qui avait secoué le Moyen-Orient en 2011 renversant des dictateurs de longue date en Tunisie, en Egypte, en Libye et au Yémen.

Au fil du temps, les médias sociaux ont été remplis d’images de dirigeants assistant aux différents sommets arabes, notant que la plupart avaient été destitués à l’exception d’Assad. Certains ont souligné ironiquement que le dernier voyage d’Al-Bashir en dehors du Soudan en Décembre était à Damas, où il a rencontré le dirigeant Syrien.

Dans la plupart des pays ayant connu le printemps arabe, les visages de l’ancien ordre ont été enlevés, héritants d’une alternative peu réjouissante à savoir: soit l’élite dirigeante qui était derrière cet ancien ordre est restée en place, soit le chaos a suivi.

En Syrie, Assad et son entourage ont gardé le contrôle du pouvoir et ont réussi à survivre à huit années de chaos. Cette résilience pourrait le maintenir au pouvoir pour les années à venir malgré une multitude de défis, y compris une économie qui dégénère rapidement et une insurrection persistante dans le nord-ouest du pays.

QUEL EST LE SECRET DE DURABILITÉ D’ASSAD ?

Assad a survécu grâce à une combinaison de facteurs qui lui sont propres. Son gouvernement est minoritaire et il a bénéficié d’une base de soutien solide et de la loyauté inébranlable de sa secte Alaouite, qui craint pour son avenir s’il devait être destitué.

Ce soutien s’étendait au-delà de sa base à d’autres sectes minoritaires en Syrie et à certains sunnites de classe moyenne et supérieure qui considèrent le pouvoir de sa famille comme un rempart de stabilité face aux radicaux Islamiques. Malgré d’importantes défections au début du conflit, les services de sécurité et l’armée n’ont pas montré de fissures importantes. Les milices loyales se sont développées et sont devenues une puissance à part entière.

Alors même que de vastes parties de son pays échappaient à son contrôle ou se transformaient en champs de tueries, Assad a maintenu son régime de base.

Le plus grand atout d’Assad est peut-être la position de la Syrie en tant que pivot géographique sur la Méditerranée et au cœur du monde arabe. Cela a attiré l’intervention étrangère, en particulier de la Russie et de l’Iran, dont l’aide politique et militaire cruciale a soutenu Assad et renversé le cours de la guerre, en sa faveur.

Le soutien indéfectible d’amis puissants contraste fortement avec la réaction confuse de l’administration Américaine, ce dont aucun des autres dirigeants arabes n’avait bénéficié dans sa propre lutte contre ses opposants.

ASSAD EST-IL COMPLETEMENT SORTI D’AFFAIRE POUR AUTANT ?

Pour l’instant, Assad semble être en sécurité. Avec l’aide de la Russie et de l’Iran, il a repris le contrôle de régions clés du pays et le monde semble avoir accepté son maintien au pouvoir, du moins jusqu’aux élections présidentielles prévues en 2021.

Les pays du Golfe ont rouvert leurs ambassades après des années de boycott. Des délégations d’Irak, du Liban et de Jordanie se sont rendues ces derniers mois pour discuter de la relance du commerce, de la reprise des accords commerciaux et de la libération des prisonniers. Bien que la Ligue Arabe ait déclaré qu’il n’était pas encore temps de rétablir l’adhésion de la Syrie à l’organisation des 22 membres, la question a été examinée lors de son sommet annuel pour la première fois depuis que le pays ait été privé de son siège il y a huit ans.

La suite des événements dépendra en grande partie de la capacité d’Assad à contenir le mécontentement croissant à mesure que le niveau de vie se détériore, et de sa capacité à préserver le soutien de la Russie et de l’Iran.

UNE ECONOMIE EN RUINE

Après des années de guerre et des sanctions américaines de plus en plus sévères, le «pincement» économique de la Syrie devient de plus en plus douloureux. Les coffres du gouvernement sont ébranlés par le manque de ressources, et l’ONU estime que huit personnes sur dix vivent en dessous du seuil de pauvreté.

Les pénuries de gaz et de carburant étaient endémiques à Damas, Lattaquié et Alep cet hiver. Des groupes de médias sociaux ont organisé des concours pour déterminer la ville ayant les plus longues files d’attente dans les stations-service, ce qui a forcé le Parlement à débattre de la question…

Cette semaine, le gouvernement a imposé le rationnement de l’essence, limitant les automobilistes à 20 litres par 48 heures. La crise s’est aggravée lorsque des rapports ont fait état d’une hausse imminente des prix, ce qui a provoqué des files de voitures sur des kilomètres aux stations-service. Le Ministre du Pétrole Ali Ghanem a nié tout projet de relance, mettant en garde contre une « guerre des rumeurs plus grave que la guerre politique ».

L’incapacité du gouvernement à faire face à l’augmentation des besoins, a alimenté les critiques et la colère, même parmi ses partisans. Pourtant, il est peu probable que le mécontentement déclenche une autre vague de protestations. La plupart des Syriens supportent maintenant «n’importe quoi» pour éviter un nouveau retour à la violence.

Pourtant, les Nations Unies décrivent le niveau des besoins dans le pays comme «stupéfiant», avec 11,7 millions de Syriens ayant besoin d’aide, soit près de 65% des 18 millions de personnes qui sont restées dans le pays, dont des millions ont été déplacées de leur foyer. Par ailleurs, plus de 5 millions de Syriens ont fui à l’étranger pendant la guerre.

LA BOUCLE EST BOUCLÉE ?

Des manifestations rappelant les premières années du conflit ont refait surface.

A Daraa, où la révolte a commencé, des centaines de personnes sont descendues dans la rue récemment, offensées par le projet du gouvernement d’ériger une statue du père du président, le regretté Hafez Assad. D’autres protestations ont eu lieu dans certaines anciennes zones d’opposition reconquises par le gouvernement après que les autorités y eurent décidé d’imposer la conscription militaire malgré les promesses d’ajournement.

Des arrestations et des détentions continuent d’être signalées dans les zones reconquises, ce qui alimente la crainte que les soi-disant accords de réconciliation entre les autorités et les habitants des anciennes zones d’opposition ne soient que des accords de façade.

Dans l’est de Ghouta, que le gouvernement a repris l’année dernière après un siège, le gouvernement a arrêté d’anciens dirigeants protestataires et des groupes anti-gouvernementaux malgré les accords de réconciliation, selon l’Observatoire Syrien des Droits Humains.

Sur le plan militaire, la défaite du « califat » du groupe de l’Etat Islamique le mois dernier, a clos un chapitre brutal de la guerre, mais ouvre la porte à toute une série d’autres conflits potentiels. La défaite du groupe militant a préparé le terrain au président Donald Trump qui commence à retirer les troupes américaines du nord de la Syrie, un retrait qui devrait déclencher une course pour combler le vide…

L’accent est également mis sur Idlib, le dernier bastion rebelle qui reste en Syrie, où vivent environ 3 millions de personnes, sous le contrôle de militants liés à Al-Qaida.

Par ZEINA KARAM et SARAH EL DEEB

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Traduction Alexandra Allio De Corato

Alexandra Allio De Corato
A propos de Alexandra Allio De Corato 85 Articles
Traductologie, Linguistique & Géopolitique Analyste, Spécialiste du Moyen-Orient.

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