Attaque d’Ahwaz : l’explication « complotiste » ne suffit pas

L'attaque d'Ahwaz en Iran

Parler de complot étranger permet au régime iranien de se dédouaner de ses responsabilités après l’échec cuisant des politiques intérieures

Al-Quds Al-Araby – Lundi 24 septembre

Le Président iranien Hasan Rohani a donné une explication officielle prévisible de l’attaque menée contre un défilé militaire de la Garde révolutionnaire dans la ville d’Ahwaz, en pointant du doigt « tous ces petits pays mercenaires de la région soutenus par l’Amérique ». La Garde révolutionnaire a été encore plus claire en accusant les assaillants d’être liés à un groupe séparatiste arabe soutenu par deux Etats du Golfe (certains médias ont cité l’Arabie saoudite et les Emirats).

« Le déplacement du conflit à l’intérieur de l’Iran est un choix annoncé »

Des tweets de responsables émiratis actuels et anciens ont mis de l’huile sur le feu. Abdulkhalek Abdullah, universitaire et ancien conseiller du Prince héritier d’Abu Dhabi, a écrit dans un tweet que « l’attaque d’une cible militaire n’est pas un acte terroriste. Le déplacement du conflit à l’intérieur de l’Iran est un choix annoncé, qui gagnera en intensité lors de la prochaine étape ». Ibtissam El-Kitbi, Directrice du Centre émirati pour les études politiques et membre du conseil consultatif du Conseil de Coopération du Golfe, considère que l’attaque est « un acte audacieux indiquant une augmentation des forces de la résistance iranienne interne et un effritement de la crainte inspirée par la Garde révolutionnaire », ce qui a conduit à la convocation par Téhéran du chargé d’affaires émirati et à la condamnation des commentaires émiratis par les responsables iraniens qui les considèrent comme preuves de l’implication d’étrangers dans l’attaque. Le maire de Téhéran, Muhseen Rafsanjani, a même déclaré que les bases émiraties seraient « une cible plus que légitime ».

Les responsables émiratis se sont alors empressés, pour éteindre l’incendie, de nier leur approbation de l’attaque par la voix du Ministre d’Etat aux Affaires étrangères, Anwar Garsgash, qui a déclaré que « les accusations de Téhéran sont sans fondement ».

Une région autrefois appelée Arabistan

Le défilé militaire commémorait le début de la guerre irako-iranienne dans une ville à majorité arabe, à l’intérieur d’une région autrefois appelée Arabistan, que les Britanniques ont occupée et dont ils ont chassé le gouverneur Khazaal Al-Kaabi et son fils Abdelkarim, avant de la rattacher à l’Iran en 1925. Le nombre des habitants arabes de cette région est d’environ 10 millions (la plupart d’entre eux étaient chiites mais 40% sont devenus sunnites pour raisons « politiques », par refus de l’hégémonie nationale perse). Cette région est riche en pétrole mais ses habitants souffrent de discriminations. Elle a aussi été victime d’une opération destinée à modifier sa démographie puisqu’environ 4 millions de Perses y ont été ajoutés, ce qui en fait un des nombreux foyers de protestation en Iran, ayant d’ailleurs participé aux manifestations de la fin d’année dernière.

Chercher un responsable extérieur est la solution toute prête pour tous ces régimes

Deux organisations ont revendiqué l’attaque : la première s’appelle « Front du combat arabe pour la libération d’Ahwaz » (ses objectifs sont nationalistes) et la seconde « Etat islamique ». En accusant les « petits pays mercenaires » du Golfe et les Etats-Unis, les responsables iraniens ont joué la surenchère tout en niant les causes internes, ce qui était prévisible. Dans ce domaine, la politique de Téhéran est la même que ses adversaires. Chercher un responsable extérieur est la solution toute prête pour tous ces régimes afin de défendre leurs politiques intérieures et se déresponsabiliser totalement.

Une prophétie prête à se réaliser durant les crises politiques majeures

La République iranienne a été fondée suite à une irrésistible révolution populaire. Elle faisait entrevoir une solution au récit historique des injustices subies par les chiites mais elle est devenue, à cause d’une dynamique interne et externe compliquée, semblable à ses adversaires. Le rêve islamique révolutionnaire s’est fini par la fondation d’un Etat monopolisé par une nationalité et un courant religieux. La société souffre de la violence de cet Etat et les minorités ethniques et religieuses ainsi que les courants politiques opposants sont persécutés. Les peuples arabes voisins souffrent quant à eux de ses tendances « impérialistes », de son soutien aux tyrans (Bachar Al-Assad en Syrie), de ses alliances confessionnelles (en Irak et au Liban), ce qui fait de l’hostilité iranienne envers les autres régimes autoritaires et confessionnels un simple cercle vicieux de violence.

Il ne fait aucun doute que les adversaires de l’Iran complotent contre lui et lui souhaitent tout le mal (et vice-versa), mais les tensions dans la société civile dominée par l’appareil sécuritaire et l’armée font de tout « complot » une simple prophétie annoncée prête à se réaliser durant les crises politiques majeures. Cela s’applique aussi, malheureusement, à ses adversaires arabes au banc des accusés.

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