Pourquoi As-Sissi a renvoyé le chef des renseignements généraux ?

Khaled Fawzy et Sissi

Plusieurs hypothèses peuvent expliquer le renvoi du directeur des renseignements généraux mais une chose est sûre : As-Sissi dirige l’Egypte d’une main de fer.

Al-Quds Al-Arabi – Vendredi 19 janvier 2018

Après des fuites dans des journaux arabes ces derniers jours, des médias officiels égyptiens ont confirmé que le Président Abdelfattah As-Sissi avait renvoyé le directeur des renseignements généraux, le général Khaled Fawzy, et chargé le directeur du bureau du Président, le général Abbas Kamel, de diriger ces services (jusqu’à la nomination d’un nouveau directeur).

Les fuites du New York Times

Les explications de ce renvoi sont nombreuses et l’une d’entre elles fait le lien avec les dernières fuites publiées par le New York Times au sujet des contacts entre les services de renseignement et des personnalités médiatiques afin que celles-ci vendent à l’opinion la décision du Président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem/Al Quds comme capitale d’Israël.

Les autorités égyptiennes ont nié la véracité de ces fuites et mené une campagne de relations publiques affirmant que le journal américain était à côté de la plaque, car la personne qui a contacté les personnalités médiatiques ne fait pas partie des services de renseignement et certaines de ces personnalités n’ont pas d’exposition médiatique. Le journal a répondu en confirmant l’authenticité de ses informations.

Que le New York Times ait été manipulé par un des services de renseignement égyptiens ou pas, le renvoi de Fawzy peu après ces fuites démontre qu’il existe un désaccord entre la présidence égyptienne et la direction des renseignements généraux. La nomination du directeur du bureau d’As-Sissi et non d’un des généraux de cette direction montre d’une part que cette décision a été prise en vitesse, et d’autre part que la confiance d’As-Sissi dans les officiers de cette direction est ébranlée. Des fuites indiquent que ce dernier devrait effectuer de profonds changements dans les renseignements généraux : on sait bien qu’après le renvoi d’un personnage central, il faut écarter ses proches.

La réconciliation palestinienne

Des médias ont fait le lien entre ce renvoi et l’échec du directeur des renseignements généraux dans le dossier de la réconciliation palestinienne. Cette explication n’est pas satisfaisante : premièrement, car ce dossier n’est ni primordial ni urgent pour la présidence égyptienne (surtout après la décision de Trump qui a provoqué un séisme dans l’équation palestinienne et ses liens régionaux) ; et deuxièmement, car la rapidité du renvoi de Fawzy révèle un problème intimement lié aux affaires intérieures de l’Egypte et non marginal.

Une vengeance d’As-Sissi ?

Une analyse explique le renvoi surprise de Fawzy par son rôle dans le limogeage du beau-frère du Président égyptien et chef d’Etat-major des forces armées, Mahmoud Hegazy, avec une vingtaine d’autres hauts gradés. Le renvoi de Hegazy serait intervenu après un rapport de Fawzy lui-même et cette analyse veut qu’As-Sissi se soit vengé de Fawzy. Cette explication n’est pas non plus satisfaisante car As-Sissi n’était pas obligé de limoger son beau-frère s’il n’avait pas de bonnes raisons pour le faire et il n’aurait pas renvoyé le chef des renseignements généraux uniquement pour se venger.

Le renvoi de Fawzy n’est pas une première : As-Sissi a renvoyé le précédent directeur des renseignements généraux, Mohammed Farid At-Tuhamy, en 2015 après des fuites du bureau d’As-Sissi révélant que des membres du Conseil militaire, le ministre de l’Intérieur et le procureur général avaient falsifié les documents concernant l’incarcération du Président Mohammed Morsi dans une caserne militaire suite au coup d’état du 3 juillet 2013.

As-Sissi concentre tous les pouvoirs

Tous ces faits confirment la nature dictatoriale et personnelle de la présidence d’As-Sissi, dont la puissance augmente avec la transformation des chefs de l’armée et des renseignements en pions qu’il peut déplacer en cas d’urgence sans même avoir besoin des médias égyptiens, qui ont appris le renvoi du directeur des renseignements généraux de leurs pays à travers les médias étrangers.

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