Arrêtez de pleurnicher

La Syrie verse une larme face à l'oubli du reste du monde

L’opposant syrien de longue date Michel Kilo appelle ses compatriotes à l’introspection et à ne compter que sur eux-mêmes face aux massacres

Al-Araby Al-Jadeed – Samedi 24 février 2018

Par Michel Kilo

Responsables de notre destin

Voilà sept ans que le monde fait semblant d’ignorer, de manière flagrante et croissante, les crimes russes/iraniens/assadiens commis dans notre pays (la Syrie) contre notre peuple et jusqu’à aujourd’hui, nos continuons à faire porter aux autres la responsabilité de ce qui nous arrive en les insultant. Ces sept années n’ont pas suffit pour nous faire comprendre que nous étions responsables de notre destin.

Si le monde ne veut pas nous aider ou comprendre notre juste lutte, ne voulons-nous pas nous aider nous-mêmes et faire triompher notre cause ? Notre rôle se limite-t-il à insulter les autres sans accomplir dans le même temps notre devoir envers notre peuple, en voie d’extermination ? Notre attitude ne doit-elle pas être différente de celle du monde entier et ne devons-nous pas cesser d’insulter le reste du monde car il ne nous rend pas justice ? Ne devons-nous pas tout faire pour nous sauver d’une catastrophe dont on sait que les politiques et les attitudes que nous avons adoptées jusque-là ne nous sortirons pas ?

Prendre en compte la réalité

Il est compréhensible que le désespoir nous touche à cause de l’attitude du reste du monde, mais il n’est pas compréhensible que nous participions par négligence à aggraver ce désespoir et à le transformer en une frustration qui souvent précède la défaite, avec la transformation de la lutte contre le régime en un combat destructeur qui déchire encore davantage notre peuple et le met dans un état de stagnation souvent annonciateur de l’échec des révolutions. Au lieu de se plaindre sans arrêt de l’injustice du monde, qui préfère nous laisser mourir, ne devons-nous pas prendre en compte la réalité pour y faire avec des plans réfléchis et enfin améliorer notre situation ? Non seulement il ne faut pas négliger le fait que le monde s’éloigne de nous, mais aussi et avant tout le fait que notre ténacité d’aujourd’hui et notre victoire de demain dépendent de notre capacité à sortir de notre état pathologique, à changer les attitudes des autres pays envers nous et à les convaincre que leurs intérêts ne seront garantis chez nous que s’ils garantissent nos droits et que nous sommes un protagoniste déterminant dans le conflit, qui fera pencher la balance. Il est donc dans leur intérêt de changer leur attitude face au régime, s’ils veulent leur part du gâteau après la victoire.

L’introspection

Après six ans passés à condamner l’attitude du reste du monde, il est temps de tourner le dos à cette méthode inutile et de nous diriger vers ce que nous avons toujours négligé : notre situation, l’état de nos forces politiques et militaires, l’état de notre peuple dans le pays et à l’étranger, les attitudes que nous avons adoptées et les programmes que nous avons élaborés pour faire face aux défis, nos pratiques dans notre combat difficile vers la liberté, et les mesures que nous avons prises. Cela afin que nos ennemis ne prennent pas le dessus et que nous ne nous trouvions pas condamnés à la réaction en leur laissant l’initiative et les mesures préventives, ce qui nous obligerait à adopter des politiques que personne ne respecte, incohérentes, partielles, manquant de pragmatisme, comme c’est le cas depuis plus de six ans, durant lesquels nous n’avons pas appris grand-chose.

Notre cause nous appartient

Si les pays étrangers se comportent de manière injuste envers nous, est-ce que cela justifie que nous soyons injustes envers nous-mêmes et notre révolution, en restant prisonniers de liens centrés sur l’autre et non sur nous-mêmes ? Pourtant, notre cause nous appartient, à nous et à personne d’autre.

Depuis sept ans, nous maudissons notre sort et nous condamnons ce monde injuste qui nous ignore. Le temps n’est-il pas venu de sortir de cet état pathologique qui fait de nous des pleurnicheurs inutiles, responsable des pires injustices vécues par leur peuple et de l’oubli de leur cause ?

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