Arabie saoudite : politiques contradictoires face à la corruption

Mohammed Ben Salman et Al-Walid Ben Talal

La campagne anti-corruption menée par MBS touche à sa fin, ce qui n’est certainement pas le cas de la corruption elle-même…

Al-Quds Al-Arabi – samedi 2 février

Le Bureau royal saoudien a annoncé mercredi dernier la fin de la campagne anti-corruption lancée et dirigée par le Prince héritier Mohammed Ben Salman. Le bureau du procureur général a annoncé les résultats de cette belle « razzia » qui a duré 15 mois : 381 grands princes, hommes d’affaires et anciens responsables ont été convoqués, 400 milliards de riyals ont été « récupérés » à travers 87 procédures de régularisation. Certaines personnes visées par ces procédures ont accepté les accusations portées à leur encontre et ont livré des actifs immobiliers, des sociétés, des titres et portefeuilles financiers ainsi que du liquide en échange de leur régularisation.

La campagne anti-corruption en Arabie saoudite a été suivie de nombreux abus publiés sur les réseaux sociaux et suivis par les Nations-Unies et les organisations de défense des droits de l’homme. Les personnes incarcérées ont certes été retenues dans un hôtel 5 étoiles, mais de nombreuses informations confirment que certaines ont été torturées.

Les autorités se félicitent des montants considérables obtenus, même si ce chiffre est remis en doute (106 milliards de dollars) ; mais il ne faut pas oublier la nature politique de cette opération. Cette violente attaque, qui n’a pas épargné les symboles de la famille régnante ni les hommes d’affaires, était destinée à terroriser l’élite politico-économique afin qu’elle reconnaisse la domination du Prince héritier et de ses hommes désirant contrôler toutes les arcanes du pouvoir, notamment les personnalités influentes politiquement, comme le Prince Mitaab Ben Abdulaziz, et économiquement, comme Al-Walid Ben Talal.

Il n’est pas étonnant que les principales personnalités incarcérées aient « régularisé » leur situation après avoir été victimes de violences, de chantage et de menaces. Il semble bien que la campagne ait été très « persuasive » puisque le célèbre prince Al-Walid Ben Talal a défendu sans réserves le Prince héritier, même après les révélations sur l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi. Ce dernier était un ami personnel d’Al-Walid, qui lui avait confié la direction de la chaîne « Al-Arab », qu’il a fermée en 2015 juste après son ouverture car elle avait accueilli un des chefs de l’opposition bahreïnie.

Il est étrange également qu’un jour avant la fin de la campagne, les autorités saoudiennes annoncent l’arrestation de plus de cent personnes pour « corruption ». Si les responsables de la campagne ont effectué des dernières perquisitions rapides chez plus de cent Saoudiens, comment ont-ils pu clore ces affaires en un jour ?

La logique veut que la justice et les services de sécurité aient demandé la clôture de ce dossier en raison des fortes pressions politiques et économiques pesant sur les dirigeants. Elles sont en grande partie la conséquence du meurtre de Khashoggi, qui s’est ajouté à la pagaille causée par les incarcérations, aux déceptions quant à la privatisation partielle d’ARAMCO qui devait fournir deux mille milliards de dollars, aux grands projets comme Neom… Tout cela a entraîné une forte baisse de la confiance des investisseurs mondiaux en l’Arabie saoudite et Ben Salman, qui est passé du jour au lendemain du statut de jeune homme ambitieux très influent à celui d’accusé dans une affaire de meurtre et de responsable de la catastrophe au Yémen emprisonnant les activistes, hommes et femmes.

Au paroxysme de l’enthousiasme mondial dont faisait l’objet le Prince héritier d’Arabie saoudite l’année dernière suite à la campagne de relations publiques aux Etats-Unis et en Europe, puis avec la visite du Président américain Donald Trump et les liens très étroits entre le Prince héritier et Jared Kushner, conseiller et gendre de Trump, tout le monde ignorait la célèbre maxime politique disant que le pouvoir absolu est en soi une corruption absolue. Le résultat de tout ce qui précède est que la campagne menée pour soit-disant combattre la corruption pourrait ouvrir la porte à une corruption que personne ne peut arrêter !  

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A propos de Sami Mebtoul 191 Articles
Fondateur d'Actuarabe, traducteur assermenté, professeur de langue arabe

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