Alors qu’Assad se maintient en Syrie, la « patience stratégique » de l’UE a été mise à l’épreuve

Des gens marchent devant un panneau d'affichage avec une photo du président syrien Bachar al-Assad à Homs, en Syrie, le 18 septembre 2018.

Après huit années de guerre civile dont le président syrien Bachar al-Assad sort vainqueur, l’Union européenne est divisée sur la manière de traiter un homme accusé d’utiliser des armes chimiques contre son propre peuple.

Le mois prochain, le bloc Européen accueillera une conférence internationale à Bruxelles pour collecter des milliards d’euros d’aide en faveur des Syriens déplacés, un moment où l’Europe compte sur ses efforts pour isoler Bashar Al-Assad et que les Etats-Unis retirent leurs troupes.

L’UE, le plus grand donateur d’aide au monde a, à plusieurs reprises subordonné son soutien à la reconstruction, à un processus de paix mené par l’ONU pour mettre fin à une guerre qui a tué des centaines de milliers de personnes et déplacé environ la moitié des 22 millions d’habitants de la Syrie d’avant guerre.

Mais le processus de l’ONU étant bloqué, l’intervention de la Russie en 2015 s’avérant décisive pour Al-Assad et les voisins arabes envisageant de rétablir des liens diplomatiques, les divisions de l’UE risquent d’éroder le peu de pouvoir dont elle dispose.

« La pression sur nous pour reconstruire la Syrie augmente, en particulier de la part des Russes », a déclaré un haut diplomate de l’UE.

L’Italie, l’Autriche et la Hongrie, critiques féroces de la politique d’immigration européenne et plus proches de Moscou, sont favorables à une discussion avec les autorités syriennes pour permettre à des millions de réfugiés de rentrer chez eux.

Le ministre italien des Affaires étrangères, Enzo Moavero Milanesi, a déclaré en novembre qu’Assad, que l’Occident accuse d’utiliser des armes chimiques interdites, « pourrait encore être un interlocuteur » et a envisagé de rouvrir l’ambassade d’Italie à Damas. Assad pousse les États membres de l’UE à le faire (rouvrir les ambassades) en suspendant les visas utilisés par les diplomates à Beyrouth pour entrer en Syrie, affirment les responsables de l’UE.

« PROBLÈME POLITIQUE »

Le parti nationaliste au pouvoir en Pologne se déclare prêt à financer des maisons et des écoles pour aider les Syriens à rentrer chez eux, sans toutefois rompre avec la position officielle de l’UE de ne pas reconstruire la Syrie avant qu’une transition politique ne soit en cours.

« Nous faisons preuve de solidarité (avec l’UE), mais il s’agit d’un problème politique très important », a déclaré le ministre polonais des Affaires étrangères Jacek Czaputowicz à Reuters.

La France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne affirment qu’il ne peut y avoir d’argent pour la Syrie alors qu’Assad qui fait l’objet de sanctions de l’UE reste au pouvoir et ne propose pas de renouer le contact diplomatique.

Ils ont appelé les gouvernements à envisager des règles encore plus strictes en matière d’aide, se faisant l’écho des agences humanitaires qui affirment qu’Assad tente d’acheminer l’aide aux loyalistes.

« Les grands pays parlent de patience stratégique », a dit un deuxième diplomate de haut rang.

D’autres, comme la Suède, l’Espagne et l’Irlande, affirment qu’il est insensé de parler de renvoyer les Syriens dans des foyers détruits par la guerre.

« La situation géopolitique ne nous incite pas à sortir nos chéquiers. C’est une question d’effet de levier et nous ne pouvons pas nous contenter de donner le seul effet de levier dont nous disposons », a déclaré un autre envoyé de l’UE.

Une agence de l’ONU estime que la guerre a coûté à la Syrie 388 milliards de dollars en dommages économiques.

PLUS D’IMPACT SUR L’ACCÈS

Les dirigeants de l’UE ont glissé sur la Syrie lors de leur sommet avec les dirigeants arabes en Egypte en Février, soulagés que la réunion ait eu lieu avant toute décision possible de réadmettre Assad à la Ligue arabe.

Pour tenter de trouver une solution intermédiaire, les défenseurs des droits de l’Homme affirment que les gouvernements de l’UE devraient faire davantage pression sur Assad et ses partisans russes pour que l’aide parvienne à tous les Syriens.

La Commission européenne a mis de côté 1,1 milliards d’euros (1,25 milliards de dollars) pour venir en aide aux civils en Syrie, mais tout cela n’a pas été dépensé en raison de problèmes d’accès. La conférence de Bruxelles devrait permettre d’obtenir davantage de fonds de ce type.

Il doit profiter à tous les civils, disent les groupes de défense des droits.

« Si les pays veulent s’engager dans la reconstruction… cela doit se faire de manière non discriminatoire, en fonction des besoins, pour atteindre les plus vulnérables, cela ne doit pas profiter au gouvernement responsable des crimes de guerre », a déclaré Diana Semaan, une chercheuse d’Amnesty International basée à Beyrouth qui documente les violations des droits des Syriens.

Parmi les autres conditions possibles liées à l’aide figurent l’accès aux prisonniers politiques et la fin de la conscription forcée, des arrestations arbitraires et de la saisie de biens, bien que Semaan ait déclaré que ces conditions étaient irréalistes étant donné le bilan d’Assad.

Par Robin Emmott and Gabriela Baczynska https://mobile.reuters.com/article/amp/idUSKCN1QH1RO?__twitter_impression=true 

Traduction Alexandra Allio De Corato

Alexandra Allio De Corato
A propos de Alexandra Allio De Corato 85 Articles
Traductologie, Linguistique & Géopolitique Analyste, Spécialiste du Moyen-Orient.

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*