A propos de Bernard Lewis

L'historien anglo-américain Bernard Lewis

Le décès de l’historien Bernard Lewis dimanche dernier est l’occasion de revenir sur une carrière au service d’Israël

Al-Araby Al-Jadeed – Mercredi 23 mai 2018

Par Marwan Qablan, écrivain et chercheur syrien.

Il n’est pas étonnant que le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou rende personnellement hommage à l’intellectuel et universitaire américain d’origine britannique Bernard Lewis, qu’il considère comme « un des plus grands historiens contemporains ». Dimanche dernier, il a déclaré dans un communiqué  qu’Israël serait « toujours reconnaissant des immenses services qu’il lui a rendus », après l’annonce du décès de Lewis dans un hôpital du New Jersey à l’âge de 101 ans.

Un adversaire acharné des Arabes et des musulmans dans les milieux universitaires occidentaux

Quels sont donc les services rendus par Bernard Lewis à Israël ? Pourquoi le gouvernement israélien s’intéresse-t-il au décès de cet historien, au demeurant réputé ? Cet homme a consacré sa vie professionnelle d’intellectuel, d’historien et de professeur d’université à défendre Israël. Il a été un adversaire acharné des Arabes et des musulmans dans les milieux universitaires occidentaux, que ce soit dans sa patrie d’origine, la Grande-Bretagne, où aux Etats-Unis, qu’il a rejoints en 1974 pour devenir professeur vedette à l’université de Princeton pendant plus de deux décennies.

Un des principaux artisans de la construction de l’image de l’homme arabo-musulman en Occident

La grande influence de Lewis dans les milieux universitaires et politiques occidentaux tient à ses nombreux ouvrages sur l’histoire de la région : plus de trente livres ainsi que des centaines d’études et d’articles. Des dizaines d’universitaires et d’experts occidentaux ont été ses élèves et certains ont occupé des postes importants dans le gouvernement américain. Le dernier en date est David Schenker, nommé  assistant du Secrétaire d’Etat pour le Proche-Orient par le Président Donald Trump, il y a environ deux mois.  Lewis a ainsi été un des principaux artisans de la construction de l’image de l’homme arabo-musulman en Occident et a pesé sur les orientations politiques dans la région.

Le véritable auteur de la théorie du choc des civilisations

Lewis a joué un rôle direct dans la politique américaine depuis son arrivée aux Etats-Unis en conseillant les preneurs de décisions. Il était considéré comme le « roi des historiens » du Moyen-Orient, avec son expérience sans pareille. Lewis est considéré comme le véritable auteur de la théorie du choc des civilisations, dont il a parlé dans un article publié en 1990 dans The Atlantic ayant pour titre « Les racines de la colère musulmane », soit deux ans avant la publication du fameux livre de Samuel Huntington.

Il y parlait de l’inévitable choc des civilisations entre l’Islam et l’Occident car la pensée musulmane est réfractaire à la modernité et aux valeurs occidentales selon lui. Elle refuse de reconnaître la supériorité des valeurs occidentales et sa défaite. Lewis considère qu’il n’y a aucun lien entre la colère des musulmans d’un côté, l’injustice et la colonisation des mondes arabe et musulman de l’autre. Pour Lewis, le conflit israélo-arabe fait partie de la lutte entre la civilisation islamique et l’héritage judéo-chrétien.

Fervent opposant des révolutions arabes

Dans ses livres post-11 septembre, comme « Que s’est-il passé ? L’Islam, l’Occident et la modernité » (2002) et « L’Islam en crise » (2003), Bernard Lewis s’est montré enthousiaste à l’idée d’imposer la démocratie dans la région. Il a écrit dans son livre « Le Pouvoir et la Foi », publié en 2010 : « Soit nous leur apprenons les valeurs de liberté, soit ils nous détruirons ». Le paradoxe est que quand ceux dont il parlait ainsi sont descendus dans les rues pour demander la liberté un an plus tard, Lewis s’est changé en fervent opposant des révolutions arabes. Il a critiqué la politique du Président Barack Obama envers l’Egypte notamment et a mis en garde contre l’arrivée des islamistes au pouvoir. Lewis a demandé au « monde démocratique » de ne pas considérer la démocratie comme un remède à tous les maux de l’Orient, et de ne pas se laisser duper par les faux slogans démocratiques adoptés par les islamistes car il ne s’agit que d’un moyen pour arriver au pouvoir.

Un universitaire sioniste dévoué

C’est à la veille de l’invasion de l’Irak que Lewis a joué son rôle le plus funeste : il a exploité ses liens étroits avec le vice-président Dick Cheney, le Secrétaire adjoint à la Défense Paul Wolfowitz et les symboles du néo-conservatisme pour militer en faveur de l’invasion de l’Irak. On dit que lors d’une réunion du conseil de sécurité national américain à la veille de l’invasion de l’Irak, où il avait été invité pour donner son avis, il a prononcé une phrase considérée par les universitaires comme résumant sa pensée : « Frappez fort ou mettez vous sur le côté ».

Il est paradoxal que le gouvernement de Netanyahou ait célébré il y a une semaine Bernard Lewis comme une des 70 personnalités américaines ayant contribué au développement des relations entre les Etats-Unis et Israël à l’occasion du 70ème anniversaire de l’invasion de la Palestine. Mais il n’y a rien d’étonnant à ce qu’Israël salue sa mémoire d’universitaire sioniste dévoué.

Lien vers l’article original

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*